L’identité écorchée du Nigeria

50 morts. Des affrontements entre deux ethnies, Mambillas et Peuls, ont fait 50 morts la semaine dernière dans l’Etat de Taraba, à l’est du Nigeria. Depuis quelques mois, le puissant pays africain est le théâtre de conflits ethniques et religieux sanguinaires. Depuis la fin de la dictature militaire en 1999, une dictature qui a duré 15 ans, plus de 10 000 personnes ont été tuées dans ces conflits communautaires. Le régime civil de Lagos est impuissant devant ces poussées de fièvre sanglantes. Samedi dernier, c’était les Mambillas qui avaient attaqué les Peuhls. Ils les accusaient d’être des colons venus voler leurs terres. Il y a 15 jours, musulmans et chrétiens, au nord du pays, discutaient prosélytisme avec des machettes. Les exemples, malheureusement, ne manquent pas.

De l'(in)utilité d’une identité nationale. Le Nigeria est un pays fédéral qui accorde une large autonomie à ses Etats. Quelques fois avec excès comme pour ceux qui ont instauré la Charia’. Le problème auquel est confronté Olusegun Obasanjo demeure la cohabitation pacifique des 250 groupes ethniques et linguistiques. Lagos semble loin, irréelle pour nombre de Nigérians qui se reconnaissent plus dans leur Etat régional. La croisade du président nigérian contre les fanatismes est celle du pompier. Il arrive toujours après l’incendie. Or, pour mettre fin aux conflits ethniques et religieux, il faut une identité commune forte. Empêcher qu’un Nigérian traite son voisin de  » colon  » car il habite dans la commune voisine. Prévenir et non guérir.

De l’importance de la redistribution des richesses. La dictature militaire a laissé l’économie exsangue. Le peuple nigérian ne comprend pas qu’il soit encore pauvre alors que le pays est relativement riche. La disparité des revenus est source de tension. Les revenus pétroliers font du Nigeria une puissance économique et politique régionale. Mais son principal handicap demeure la redistribution de ces richesses.