L’huile de palme, l’autre poumon économique de la Côte d’Ivoire

La production d’huile de palme représente une part importante de l’économie ivoirienne. La Côte d’Ivoire dispose à ce jour de la plus grande raffinerie en Afrique. Certains pensent même que cette filière qui se développe à grands pas dans le pays pourrait révolutionner l’économie ivoirienne.

De notre envoyée spéciale à Abidjan

L’huile de palme peut aussi rapporter gros. La Côte d’Ivoire l’a très vite compris en saisissant l’opportunité de faire de ce secteur un autre levier de développement que le cacao, qui a toujours occupé une place prépondérante dans l’économie. Le groupe agro-industriel du pays Sifca, créé en 1965, a en effet investi dès 1995 dans l’exploitation du palmier brut à huile. Il dispose de deux filiales : Palmcie qui produit 300 000 tonnes d’huile de palme brut par an, dont 60% émane des productions villageoises. Cette production est ensuite revendue à l’usine Sania, autre filiale du groupe Sifca spécialisée dans le raffinage de l’or rouge. Aujourd’hui, près de 200 000 employés occupent un emploi dans le secteur du palmier à huile, qui fait vivre au moins 2 millions de personnes dans le pays, dont les planteurs villageois, qui constituent le maillon de la chaîne le plus important de cette filière.

Dans le continent, l’usine Sania est la plus grande raffinerie. Elle traite en moyenne 418 000 tonnes d’huile de palme brut à l’année. La Côte d’Ivoire est ainsi à la seconde place des pays producteurs d’huile de palme par an après le Nigeria 900 000 tonnes. Sania qui rachète essentiellement l’huile brut produite par Palmci est en revanche contraint d’importer 10% de sa production d’Indonésie et de la Malaisie, les deux plus grands pays producteurs d’huile de palme au monde. Les rendements de la Côte d’Ivoire sont pour le moment insuffisants pour répondre aux besoins du marché en Afrique de l’ouest, où le déficit par an d’huile de palme est de 800 000 tonnes. L’Usine Sania couvre toutefois les besoins de la Côte d’Ivoire en huile de palme.

L’amélioration de la productivité en question

Entièrement modernisée en 2010, l’usine traite 1500 tonnes d’huile de palme par jour. Elle est souvent transformée en une huile raffinée prête à être revendue sur le marché local mais aussi en Afrique. Elle commercialise aussi de la margarine. « Nos principaux clients sont le Sénégal, Mali et Burkina Faso. La plupart d’entre eux ont une préférence pour l’huile clair », qui peut servir à faire des fritures notamment, explique le directeur de l’usine Coulibaly Tiegbe.

« L’huile de palme est le secteur où on est le mieux intégrés », affirme le PDG du groupe Sifca, Bertrand Vignes. « Nous avons l’ambition de diversifier nos activités dans les pays de la sous-région pour améliorer nos rendements ». Le groupe compte atteindre une production de 1 millions de tonnes en 2020. La Côte d’Ivoire dispose de 210 000 hectares de plantations d’huile de palme. Mais le pays doit aussi mettre en place des stratégies pour le respect de l’environnement et pour éviter une déforestation massive.

Une autre question cruciale reste à résoudre : comment améliorer la productivité d’huile de palme dans le pays face à l’Indonésie et la Malaisie qui ont une longueur d’avance et disposent d’un climat plus favorable? Sans compter que la Côte d’Ivoire n’est pas la seule sur le marché de l’or rouge. D’autres pays de la sous-région ont compris qu’ils pouvaient en tirer profit et tentent aussi à leur tour de développer le secteur. Même si la production en huile de palme est beaucoup moins importante que celle de la Côte d’Ivoire, le Ghana aussi dispose de multiples plantations.

De même, le Gabon qui bénéficie des investissements du groupe singapourien Olam a pour but de devenir le premier producteur d’huile de palme en Afrique. D’autant que le pays bénéficie d’une réserve très importante d’hectares non exploités. La concurrence pour la ruée vers l’or rouge s’annonce rude.