L’honneur écorné de « Licorne »

Firmin Mahé serait mort étouffé par les militaires français qui le conduisaient à l’hôpital. L’hebdomadaire français Le point fait ces révélations sur la mort suspecte de ce « coupeur de route » ivoirien qui a conduit, le 17 octobre dernier, à la suspension du général Henri Poncet, ex commandant de la Force Licorne.

« Etouffé, sans doute dans un sac en plastique, à mains nues ». C’est ainsi que le « coupeur de route » ivoirien Firmin Mahé aurait fini à l’arrière d’un véhicule militaire français, selon l’hebdomadaire Le Point. Le décès de cet électricien du village de Tah, dans le centre ouest de la Côte d’Ivoire, en pleine « zone de confiance », le 13 mai dernier, a provoqué le 17 octobre la suspension du général Henri Poncet, l’ex commandant de la Force Licorne. Cinq mois, c’est le temps qu’il a fallu pour que les conditions troubles de sa mort parviennent aux oreilles du chef d’état-major des armées, le général Henri Bentegeat, puis de la ministre de la Défense, Michèle Alliot Marie. C’est elle, en accord avec le Président Jacques Chirac, qui a décidé sa suspension ainsi que celle de deux sous-officiers.

Le chef militaire, aux états de service longs comme la ligne de cessez-le-feu ivoirienne, décoré par le chef de l’Etat français après avoir cédé la direction de Licorne, en juin 2005, avait décidé de couvrir la version des soldats qui ont interpellé Firmin Mahé le 17 mai. Une version petit à petit démentie, jusqu’à ce que les éléments camouflés, de plus en plus précis, ne se fassent jour.

Le FPI attend de voir

De « sources militaires multiples », Le Point affirme que le décès de Fabien Mahé « aurait été provoqué par un sous-officier, chef de section de combat » du 4ème régiment des chasseurs alpins de Gap. Même après la suspension du général Poncet, la presse (dont Afrik) relayait encore la version selon laquelle l’armée aurait répondu aux tirs de l’Ivoirien. En légitime défense. Mais c’est bien lui, déjà arrêté par Licorne, en avril dernier, soupçonné de « 5 morts, 9 blessés et 4 viols », remis à la justice ivoirienne puis relâché, qui aurait le premier été visé.

« Après avoir essuyé des coups de feu le 13 mai et avoir été blessé à la jambe, le bandit aurait été achevé et étouffé (…) puis jeté dans une fosse commune par ce même sous-officier, accompagné de deux soldats du rang », indique Le Point. La version militaire voulait que le suspect, blessé lors de son interpellation près de son village, ait succombé à ses blessures alors qu’il était transporté vers l’hôpital de Man, la capitale régionale. L’officier en question, un adjudant-chef, a déjà été suspendu. Un général adjoint au commandant Henri Poncet au moment des faits serait également menacé de suspension.

« Nous considérons que c’est une mesure encourageante, mais nous espérons qu’elle marque un tournant réel dans la stratégie française. Notamment suite aux évènements du 6 novembre 2004, où leurs forces armées ont fait une quarantaine de morts sans le reconnaître », commente Pascal Affi N’Guessan, le secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI), le parti du Président Laurent Gbagbo. « Si c’est le cas, et que le général Poncet n’est pas le bouc émissaire de la ministre de la Défense, la France devra alors en tirer les conséquences et faire en sorte que les responsables de ces tueries massives soient traduits en justice ».