L’Europe bannit les petites compagnies aériennes africaines de son ciel

La Commission européenne a publié, ce mercredi 22 mars, sa première « liste noire » de compagnies aériennes interdites de vol sur le ciel européen. Quatre-vingt douze compagnies, essentiellement africaines, jugées trop dangereuses sont concernées. Cette première liste commune suscite pourtant déjà des critiques, aussi bien du côté des associations d’usagers que des transporteurs aériens africains.

Par Vitraulle Mboungou

Les compagnies africaines sont largement représentées dans la première « liste noire » de l’Union européenne. La Commission européenne a fait connaître, ce mercredi 22 mars, sa première liste noire de compagnies aériennes jugées dangereuses. Elle en a répertorié ainsi 95 dont 92 sont interdites de vol sur le territoire européen pour des raisons de sécurité. Les trois autres voient leur sphère d’activité réduite. Déjà approuvée, le 15 mars dernier, par les experts de l’aviation civile des Etats membres de l’Union, cette interdiction entrera en vigueur dès le 25 mars après sa publication au journal officiel de l’UE. « Cette liste noire permettra d’écarter les compagnies douteuses. Elle permettra aussi d’assurer que toutes les compagnies opérant dans les cieux européens respectent les normes de sûreté les plus élevées », a déclaré Jacques Barrot, commissaire européen aux Transports. Les Etats européens, longtemps réticents à l’idée d’une liste noire, ont fini par y consentir à la suite de la série de catastrophes aériennes qui ont marqué certains d’entre eux en 2004 et 2005. En particulier la France avec le crash de la compagnie West Caribbean, qui depuis s’est fait retiré sa licence, au Venezuela durant l’été 2005.

Une liste complaisante pour les associations d’usagers…

Pour établir cette liste, les experts se sont servis des informations fournies par chaque pays membre sur ses propres « interdictions d’exploitation et restrictions opérationnelles ». La France avait ainsi proposé, en février dernier, d’inscrire sur cette liste International Air Services (Liberia) et Air Comores. De même la Grande-Bretagne avait demandé l’inclusion d’Air Mauritanie qui n’a pas été retenue, faute de consensus entre les 25 Etats de l’UE. Cependant la compagnie a été autorisée à voler provisoirement, afin de lui laisser le temps de se mettre en conformité avec les règles. Cette liste noire commune se substitue donc à celles déjà établies par certains Etats membres de l’UE au niveau national, sans pour autant les reprendre telles quelles. Les critères d’élaboration de cette liste reposent sur les « résultats des contrôles effectués dans les aéroports européens », l’utilisation « d’avions mal entretenus, vétustes ou dépassés » ou « l’incapacité des compagnies à corriger les déficiences identifiées lors des inspections », a précisé la Commission. Toujours, selon cette directive européenne, toute compagnie bannie dans un pays membre, l’est automatiquement dans un autre.

Cependant, cette « liste noire » ne fait pas l’unanimité. Certaines associations d’usagers, à l’origine de cette publication, se montrent d’ores et déjà sceptiques envers elle. Ainsi, le président de la Fédération internationale des victimes d’accidents aériens, Gérard David s’est « étonné » de l’absence de compagnies du bassin méditerranéen « alors qu’il y a récemment eu des problèmes, avec des passagers qui ont refusé de décoller ou qui ont quitté les avions ». Cette interdiction ne concerne donc pas les pays de grandes destinations touristiques et les acheteurs potentiels d’Airbus. En outre, beaucoup de compagnies citées dans cette liste ne volent pas dans l’espace aérien européen. Mais « ces compagnies pouvaient à tout moment être appelées en sous-traitance par une autre, disposant elle de droits de vol dans l’UE », rétorque Jacques Barrot. L’Office fédérale de l’aviation civile (OFAC) en Suisse a également fait remarquer que des nombreuses compagnies indexées « n’existent plus ». Et une autre égyptienne, Flash Airlines, figurant sur sa liste n’apparaît pas sur celle de l’UE alors qu’un de ses avions s’était écrasé le 3 janvier 2004 à Charm el-Cheik faisant 148 morts. Cette dernière a fait faillite après le crash.

…et diffamante selon l’Association des compagnies aériennes africaines

L’Afrique qui, selon l’Autorité allemande de l’avion civile, représente 3% du trafic aérien mondial, mais 30 à 40% des accidents est lourdement touchée par cette interdiction. Sur les 92 compagnies, seules une dizaine ne sont pas africaines. Les 25 Etats membres ont ainsi banni d’un bloc toutes les compagnies de la République démocratique du Congo (51), à l’exception d’une, interdite partiellement (Hewa Bora Airways), de la Sierra Léone (14), de Guinée-équatoriale (12), du Liberia et du Swaziland. Pour cause, les systèmes de contrôle de ces pays sont jugés « inadéquats ». Cependant, les compagnies africaines incriminées sont souvent inconnues et ne bénéficient pas, pour la plupart, d’une licence officiellement délivrée par les organisations internationales.

Ainsi, beaucoup d’avions militaires ayant servi pendant la guerre civile en RDC, ont été reconvertis dans le transport de passagers et une large majorité d’entre eux ne desservent que les lignes intérieures congolaises. La présence de leur nom dans cette liste noire pose donc la question de l’intérêt réel de cette dernière. Par ailleurs, il semblerait que l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) aurait déjà demandé aux autorités congolaises et à l’Union africaine d’interdire le vol de ces avions fabriqués à l’époque soviétique et qui ne bénéficient plus de maintenance depuis l’éclatement de l’Union soviétique en 1991. Les transporteurs africains regrettent aussi les sous-entendus et le discrédit jeté par cette liste sur les compagnies régulières africaines qui desservent bon nombre de capitales européennes.