L’épopée de Sotigui Kouyaté : du griot au comédien

Décédé samedi à Paris, l’âge de 74 ans, des suites de graves problèmes pulmonaires, Sotigui Kouyaté, était un homme aux multiples visages. Son nom, désormais inscrit dans l’histoire du 7e art comme dans celle du théâtre, sonne comme celui d’un sage africain. Guinéen d’origine, malien de naissance et burkinabé d’adoption, cet acteur n’a pratiqué qu’une seule école, celle de la rue.

Un grand comédien s’est éteint. Décédé samedi, à Paris, l’hôpital Georges Pompidou, d’une grave maladie pulmonaire, Sotigui Kouyaté a joué plusieurs rôles dans la vie comme à l’écran. Initialement griot, il entame une carrière de footballeur professionnel dans l’équipe nationale burkinabè, avant de se reconvertir en enseignant. Ce n’est qu’en 1966 qu’il connait ses premiers émois sur les planches et qu’il prend goût à l’art dramatique en jouant de petits rôles dans les pièces de son ami Boubacar Dicko. Très vite, il monte sa propre compagnie de théâtre populaire. Il apparait ensuite rapidement au cinéma dans un film de Jean David, Protection des récoltes, tourné en 1968. C’est le début d’une longue carrière.

Acteur fétiche et poulain de Peter Brook, metteur en scène, scénariste et réalisateur, il se fait connaitre en interprétant l’un des premiers rôles dans Mahabharata, une pièce de théâtre retraçant une grande épopée indienne. Mais là où il fait mouche, c’est en incarnant le premier Prospero noir, héros de La tempête, une pièce de William Shakespeare, mise en scène par son mentor. C’est ensuite sa collaboration avec Rachid Bouchareb qui le place en haut de l’affiche et le fait connaitre du grand public avec les films Little Sénégal, dans lequel il incarne un rôle qui lui ressemble, celui d’un homme en quête de ses racines, et London River. Ce dernier lui vaudra un ours d’argent, récompensant le meilleur acteur, au festival de Berlin en 2009.

Un griot avant tout

Sa disparition est « une grande perte pour le cinéma et le théâtre dans le monde, en Afrique et au Burkina Faso », déplore le ministre de la Culture du Burkina Faso Filippe Sawadogo. Il était l’un des plus grands promoteurs du cinéma malien et burkinabé. « C’est l’un des hommes qui ont magnifié la culture et le cinéma africains » a déclaré le président du Burkina Faso, Blaise Compaore, lors des hommages qui lui ont été faits, samedi. Cet homme à la silhouette frêle mais aux épaules solides va manquer.

Ce qu’il laisse derrière lui ? Une filmographie impressionnante, certes, mais aussi et surtout un espoir pour tous les jeunes africains désirant faire carrière à l’écran. Cet homme au parcours riche et atypique a quitté le Burkina pour la France et a réussi à s’y faire une place dans le milieu très fermé des comédiens. Mais l’avenir des jeunes, c’est en Afrique qu’il le voyait. En 1997, il fonde le Mandéka Théâtre à Bamako avec l’aide de Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Habib Dembélé et Alioune Ifra Ndiaye. « J’ai crée le Mandéka Théâtre pour empêcher les jeunes de fuir le Mali », explique-t-il. Une volonté de redonner à l’Afrique les capacités de réaliser ses propres films, avec ses propres comédiens, formés sur place, et une dynamique artistique de la confrontation culturelle. « Pour montrer à l’extérieur ce dont on est capables », dit-il dans une interview accordée aux Courriers de l’Unesco. Amateur de contrastes forts, il met en scène une adaptation d’Antigone jouée uniquement par des comédiens africains. « C’est dans les différences que l’on trouve les voies de la complémentarité », argumente-t-il.

Celui qui se disait griot avant tout, se battait avec la parole. A la fois conteur, historien, généalogiste et conseiller, ce personnage devenu partie intégrante de la culture d’Afrique de l’ouest, invite le monde à mieux connaitre l’Afrique. Ce que Sotigui Kouyaté s’est toujours efforcé de faire en restant fidèle à ses convictions en toutes circonstances.