
Avec L’Enfant Bélier, son deuxième long métrage après Seule à mon mariage (Cannes, 2018), la cinéaste belge Marta Bergman livre un film coup-de-poing sur la violence des frontières et l’humanité qui y résiste. Au cinéma le 29 avril 2026.
Tout est parti d’une image. Celle d’un enfant fauché par une balle policière sur une route nocturne, victime d’une mécanique aveugle. Cette vision a hanté Marta Bergman au point de devenir un film. L’Enfant Bélier, coproduction belgo-canadienne d’1h34, sort le 29 avril et s’annonce comme l’un des films forts de ce printemps cinématographique.
Sara et Adam sont syriens. Ils ont fui un pays où leur amour même était impossible. Arrivés illégalement en Belgique avec leur petite fille de deux ans, ils s’accrochent à un seul horizon : l’Angleterre. Entassés à l’arrière d’une camionnette, la peur a déjà pris le pas sur l’espoir. Ce couple qui fuit non seulement la guerre mais aussi une société qui nie son droit d’exister, donne au film une charge émotionnelle particulièrement rare.
Une nuit où tout bascule
En face, Redouane. Flic depuis vingt ans, il fait la chasse aux passeurs nuit après nuit avec son équipe. Ce soir-là, une camionnette suspecte. Une poursuite. Un accident. En quelques secondes, deux univers qui n’auraient jamais dû se croiser se percutent, au sens propre. Le film est un récit de chair et de douleur, où des lois, des discours et un climat voulus par le politique façonnent les gestes jusqu’à leur donner une logique meurtrière.

Salim Kechiouche, formidable acteur que Marta Bergman a su convaincre de multiplier les allers-retours à Bruxelles pour préparer son personnage, rencontres avec des policiers, patrouilles nocturnes, improvisations corporelles, incarne Redouane avec une vérité saisissante. Le Nouvel Obs le dit « intense et bouleversant ». Face à lui, Zbeida Belhajamor (vue dans Une histoire d’amour et de désir) campe Sara avec une détermination qui force le respect. Et Abdal Razak Alsweha, Syrien arrivé en France il y a quelques années, devenu coiffeur, découvrant le cinéma par un casting « sauvage » avec pour seul bagage pour ce premier rôle, sa propre histoire.
L’intime comme résistance
Ce que réussit Marta Bergman, c’est à montrer que Sara et Adam ne sont pas d’abord des migrants : ils sont un couple amoureux, avec leurs routines, leurs rires, leurs fragilités. La réalisatrice cite Bruno Latour et son concept d’encampement du monde, cette réalité où de plus en plus d’êtres humains vivent dans des camps. Dans ce contexte, montrer une intimité qui existe malgré tout et qui résiste est un acte politique.
L’esthétique du film est à l’avenant. Toutes les scènes de nuit ont été réellement tournées en nocturne. Avec son directeur de la photographie Noé Bach AFC, Bergman a travaillé la densité de l’obscurité, ses textures, ses respirations. La confrontation sur le parking du drame a été tourné en plan-séquence, ce moment unique où les deux groupes se font face. La musique du compositeur québécois Michel Corriveau, contemporaine et autonome, dédouble les émotions.
La presse belge et française est unanime. La RTBF voit dans le film « la tension d’un polar dans les zones d’ombre d’un fait divers ». Cinergie salue un film « brut, réaliste, mais aussi profondément humain ». La Septième Obsession, référence du cinéma d’auteur, parle d’« un film très fort ».
Marta Bergman, née à Bucarest en 1962, journaliste de formation (ULB), cinéaste formée à l’INSAS, a mis toute sa carrière à explorer la frontière entre fiction et documentaire, avec une attention constante portée au destin des minorités. L’Enfant Bélier est son film le plus abouti, le plus nécessaire. Ne le manquez pas.

L’Enfant Bélier
- Un film de Marta Bergman
- Belgique/Canada
- Durée 1h34
- Sortie le 29 avril 2026
- Avec Salim Kechiouche, Zbeida Belhajamor, Abdal Razak Alsweha, Clara Toros, Lucie Debay, Marie Denarnaud
- Distribution : Destiny Films



