L’émigration clandestine : un grand marché

L’émigration clandestine représente un « véritable marché » qui rapporte gros, dans la mesure où plus de la moitié (52%) des Subsahariens qui ont tenté de joindre l’Europe illégalement via le Maroc ont déboursé entre 1.000 et 2.000 euros chacun. Les résultats d’une enquête maroco-italienne ont été rendus publics, mercredi, à Rabat.

La rémunération moyenne du passeur oscille entre 50 et 500 euros et la majorité des migrants (55%) ont déboursé entre 200 et 1.000 euros pour le transport, selon cette enquête effectuée en 2007 par l’Association marocaine d’études et de recherches sur la migration (AMERM) et le Comité international pour le développement des peuples (CISP, Italie) auprès d’un millier de clandestins subsahariens.

Environ deux tiers des migrants ont affirmé avoir eu recours à l’épargne personnelle issue du travail, 71% ont bénéficié de l’aide familiale, 22% de l’aide amicale et 23% ont eu recours à l’emprunt.

Quant à leurs sources de revenus, 59,4% déclarent n’en avoir aucune, 18,8% affirment vivre de la mendicité, 11,5% exercent des petits métiers et 7,9% reçoivent des aides d’associations caritatives. Seuls 2,3% indiquent avoir un travail régulier, notamment dans le bâtiment, le petit commerce et les travaux domestiques.

La majorité (41,9%) ont un revenu mensuel variant entre 44 et 88 euros et 23,3% ont un revenu inférieur à 44 euros, indique l’enquête des ONG marocaine et italienne, ajoutant que près des deux tiers (62,7%) vivent dans des chambres collectives et 10,4% sont sans domicile.

Une entreprise à haut risque

A propos des problèmes auxquels les clandestins subsahariens ont été confrontés durant leur voyage, plus de 80% ont cité l’hygiène, la fatigue, la soif et la faim. Près des deux tiers sont tombés malades durant le trajet, tandis que 36% des femmes ont été victimes de viol, selon l’étude.

Si la durée moyenne de séjour au maroc est de 2,5 ans pour l’ensemble des migrants, les 3/4 d’entre eux vivant au Maroc veulent poursuivre leur route vers l’Europe malgré les obstacles. 72,6% des clandestins entendent réaliser leur projet, alors que seulement 10,6% veulent retourner chez eux et 2,3% désirent rester au Maroc.

Selon l’enquête, les migrants clandestins sont estimés entre 10.000 et 15.000 personnes avec, à leur tête, les Nigérians (15,7%), les Maliens (13,1%), les Sénégalais (12,8%) et les ressortissants de la République du Congo (10,4%).

La majorité d’entre eux sont arrivés au Maroc via l’Algérie (73,5%), 13,2% par avion, 7,2% par la mer et 5,7% à partir de la Mauritanie.