L’électricité prépayée fait son apparition au Sénégal

La Sénélec propose désormais aux Sénégalais, dans le cadre d’un projet pilote, de s’initier à la fourniture d’électricité prépayée. Cette nouvelle modalité d’accès à l’énergie, outre des avantages certains pour le client et le fournisseur, permettra de faire des économies d’énergie.

L’électricité prépayée est aujourd’hui disponible au Sénégal. Et ce dans le cadre d’un projet pilote lancé par la Sénélec (la société sénégalaise de fourniture d’électricité) qui verra, dans un premier temps, la mise en place à Dakar de 5 000 puis de 15 000 compteurs électriques Woyofal – la dénomination de l’offre – (qui signifie faciliter ou assouplir en wolof). Les Dakarois qui le souhaitent pourront ainsi gérer leur consommation d’énergie. Au lieu de l’abonnement traditionnel, où ils reçoivent leur facture en fin de période, ils pourront d’avance s’offrir un crédit de consommation d’électricité dont le seuil minimal est fixé à 1 000 F CFA (1,5 euro). Il se présente sous la forme d’un ticket sur lequel est inscrit un code numérique de 20 chiffres.

Des avantages pour le fournisseur et le client

Le fournisseur d’énergie sénégalais a déjà investi 300 millions de F CFA dans le nouveau système auquel il avait déjà pensé recourir en 1994. Mais le projet, selon Mamadou Mbaye Dia, le directeur commercial de la Sénélec, avait été contrecarré à cause de la dévaluation. « Nous pensons que cette nouvelle offre séduire, à terme, 50% de nos abonnés actuels », poursuit ce dernier. Ils sont au total 570 000, dont la moitié se trouve à Dakar. Et ils ont dorénavant le choix exclusif de garder leur ancien compteur ou de recourir au prépaiement.

L’offre Woyofal présente plusieurs avantages pour le consommateur. Tout d’abord, il s’épargne des frais d’abonnement que nécessite l’installation d’un compteur traditionnel. Ces derniers s’élèvent environ à 17 000 F CFA. Aujourd’hui, pour se procurer le nouveau compteur électrique, qui se présente sous la forme d’une unité centrale, dissociable d’un clavier (qui permet de taper le code inscrit sur le ticket de rechargement) et d’un écran (pour suivre la consommation), les usagers devront seulement débourser 4 000 F CFA de frais de timbre (reversés à l’Etat) et 500 F CFA pour la pause du compteur. Les 10 000 exigés lors de la souscription à l’offre de prépaiement constituent « un crédit de consommation », précise Mamadou Mbaye Dia. Et « le tarif du kilowatt reste inchangé, il n’y a pas de surcoût par rapport à celui de l’abonnement traditionnel », indique Bintou Diouf du service communication de la Sénélec.

Un système déjà fort répandu en Afrique

Outre les économies, Woyofal permet au client de gérer sa consommation. Et ce dernier élément profite également au fournisseur. « On a constaté que le prépaiement générait une économie de 15% dans la consommation d’énergie des ménages. Cela permet de rationaliser le comportement des clients ». Ce qui, couplé avec l’amélioration des infrastructures, processus dans lequel l’entreprise s’est résolument engagée depuis 2000 (date de sa reprise en main par l’Etat à la suite de sa privatisation ratée), pourrait réduire les opérations de délestage, fréquentes dans la pays et plus particulièrement à Dakar.

Pour la période 2004/2006, 174 milliards de F CFA seront consacrés à la nouvelle stratégie de développement de la firme, qui réalise un chiffre d’affaires de 155 milliards de F CFA. Un chiffre qui sera certainement amélioré avec Woyofal. C’est en effet la voie royale pour instaurer de meilleures relations avec la clientèle, puisqu’il n’y aura plus de coupure d’électricité, pour non paiement de facture, désagréable psychologiquement et financièrement (il faut s’acquitter dans ce cas d’une pénalité de 4 200 F CFA) pour l’abonné. Par ailleurs, « c’est un avantage majeur pour la Sénélec en matière de recouvrement des créances », note Bintou Diouf. Le prépaiement, que d’aucuns considèrent comme une « solution pour les pauvres » (elle existe en Angleterre et a fait ses preuves), a cours depuis plusieurs années dans nombre de pays anglophones africains. Dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest, le Nigeria, évidemment, le Burkina Faso ou encore la Gambie s’y sont déjà mis.