L’Egypte ouvre sa frontière palestinienne

L’Egypte ouvrira samedi le terminal de Rafah, seule porte d’entrée vers la Palestine non contrôlée par Israël. Débarassé de Hosni Moubarak, l’Egypte semble vouloir renforcer ses liens avec les Palestiniens et le monde arabe.

L’ouverture de la frontière de l’Egypte avec la bande de Gaza, au point de passage de Rafah, le seul terminal non contrôlé par Israël, sera permanente à compter de ce samedi. Cette décision « fait partie des efforts égyptiens destinés à mettre fin aux divisions interpalestiniennes et à réaliser la réconciliation nationale palestinienne », explique l’agence de presse égyptienne Mena. L’ouverture des frontières est néanmoins assortie de quelques restrictions. Elle se fera ainsi tous les jours de 9h à 17h (locale) sauf les vendredis et les jours fériés. Les hommes entre 18 et 40 ans devront présenter un visa égyptien. Les femmes palestiniennes et les hommes n’appartenant pas à cette tranche d’âge sont exemptés de visa et les jeunes Palestiniens désirant étudier en Egypte le pourront à condition de justifier de leur inscription dans une université.

Une « situation très problématique » pour Israël

L’annonce a irrité d’Israël. Matan Vilnaï, le ministre israélien de la Défense passive a jugé cette « situation très problématique ». Son homologue du Développement régional Sylvan Shalom a averti que « sans un contrôle strict et efficace, l’ouverture de Rafah va permettre le trafic d’armes et l’entrée de terroristes d’Al-Qaïda et d’Iran dans la bande de Gaza ». Le territoire palestinien, bloqué depuis la mort du soldat israélien Gilad Shalit, est dirigé depuis 2006 par le Hamas, un parti islamiste qui ne reconnaît pas Israël. Le mouvement a salué cette « décision courageuse et responsable, en accord avec le pouls de l’opinion arabe, égyptienne et palestinienne». « Nous espérons qu’il s’agit d’un pas vers la levée totale du blocus de Gaza », a déclaré un de ses porte-paroles, Fawzi Barhoum.

Le 27 avril dernier au Caire, le gouvernement gazaoui a conclu un accord avec le Fatah, qui dirige l’Autorité palestinienne, pour former un seul gouvernement composé de personnalités indépendantes en vue d’élections d’ici un an. Cette réconciliation politique met fin à plus de quatre ans de division entre les deux partis. D’autre part, la décision de l’armée égyptienne, aux commandes du pays, intervient alors que le processus de paix arbitré par Washington est entrée dans une phase délicate. Le président américain Barack Obama s’est prononcé jeudi dernier pour la création d’un État palestinien sur la base des frontières de 1967. Dès le lendemain, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, reçu à la Maison Blanche, excluait «tout retrait dans les lignes », des lignes indéfendables selon lui. Depuis, les Américains tentent de jouer la carte de l’apaisement en soulignant que leur proposition est un point départ pour entamer des négociations.

Une nouvelle diplomatie arabe

Pour le politologue spécialiste du monde arabe et professeur à l’université Paris XI Khattar Abou Diab qui s’exprimait sur France 24, « ces initiatives marquent le retour d’une diplomatie active et démontrent la volonté du Caire de se repositionner comme le chef d’un monde arabe restructuré par le printemps arabe ». L’ancien ministre des Affaires étrangères de Hosni Moubarak, Amr Moussa a déclaré la semaine dernière que « la cause palestinienne a une base et des principes sur lesquels les Arabes sont d’accord, et nous travaillerons sur leur base ». L’ancien secrétaire général de la Ligue arabe faisait référence à la proposition de son institution en 2002 de reconnaître Israël en échange de son retrait des territoires occupés. Il a également appelé l’Egypte à mener une relation « forte, franche » et « respectable » avec les États-Unis, non « pas une relation de quelqu’un suivant quelqu’un d’autre ». Des milliers d’Egyptiens étaient présents devant l’ambassade d’Israël au Caire lundi 16 mai pour soutenir les Palestiniens, lors de la commémoration de la Nakba (catastrophe), journée de la création de l’Etat d’Israël en 1948. Un rassemblement qui a tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre.

Egypte a été le premier pays arabe à reconnaître l’Etat hébreu suite aux accords de paix en 1979. Sous le régime de Moubarak, le terminal de Rafah n’était ouvert que pour des raisons humanitaires. Si l’ancien raïs était perçu comme un rempart contre le terrorisme, la rue égyptienne tolérait moins les positions de son gouvernement vis-à-vis d’Israël et des Palestiniens.