L’Egypte oscille entre colère et résignation

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés sur la place Tahrir, au Caire, ce mardi pour la quinzième journée consécutive, contre le régime du président Hosni Moubarak. Ce dernier s’est engagé à mener des réformes pour sortir le pays de la crise, parmi lesquelles une hausse des salaires des fonctionnaires et des retraites. Il a formé ce matin une commission pour amender la constitution.

La mobilisation contre le régime égyptien ne faiblit pas. Malgré de nouvelles mesures politiques et le renoncement du raïs, le 1er février dernier, à se représenter à l’élection présidentielle, des dizaines de milliers manifestants se sont rassemblés ce mardi, sur la place Tahrir, au Caire, le point névralgique de la révolte sociale qui a débuté le 25 janvier. « Le peuple veut faire tomber le régime ! », « nous sommes le peuple, nous sommes le pouvoir ! », scandaient t-ils. Depuis le début du conflit, il y aurait eu au moins 300 morts et des milliers de blessés, selon un bilan établi par les Nations-Unies.

Pour mettre fin à la crise qui dure depuis trois semaines, le président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, a formé une commission pour amender la constitution. Le chef de l’Etat a « signé un décret présidentiel en vertu duquel il a formé une commission qui aura pour mission d’apporter des amendements à la Constitution » a annoncé le vice-président, Omar Souleimane, à la télévision d’Etat ce mardi, à l’issue d’un entretien avec le raïs. « Le président a salué le consensus national, confirmant que nous sommes sur le bon chemin pour sortir de la crise actuelle », a-t-il ajouté. Il a également indiqué que « les jeunes égyptiens méritent l’estime de la Nation, soulignant que le président avait donné des instructions qui empêcheront toute poursuite ou harcèlement à l’encontre des manifestants ».

Le chef de l’Etat a promis lundi une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites, qui rentrera en vigueur à partir du 1er avril. « Le gouvernement se préoccupe du citoyen égyptien et veut améliorer son niveau de vie », a affirmé le Premier ministre Ahmad Chafic. Une augmentation des retraites qui coûtera 6,5 milliards de livres égyptiennes, un peu plus d’un milliard de dollars », a précisé le ministre des Finances Samir Radwane.

Les Américains temporisent

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, a estimé lundi que le processus politique en Egypte enregistrait des « progrès ». Néanmoins, selon le porte-parole du département d’Etat américain, Philip Crowley, l’organisation d’élections libres à brève échéance constituerait « une entreprise ambitieuse ». Il a rappelé que la Constitution égyptienne prévoyait des élections dans un délai de 60 jours si le président Moubarak quittait le pouvoir. Et l’administration américaine n’appelle désormais plus à un départ immédiat du président égyptien. Les Etats-Unis sont aujourd’hui plus enclin à favoriser une « transition ordonnée » avec Moubarak a déclaré dimanche la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton.

Et Hosni Moubarak ne semble, quoi qu’il en soit, pas décidé à partir. Un dialogue mené par le vice-président Omar Souleimane au siège du Conseil des ministres a été entamé dimanche entre le régime et les partis d’oppositions pour trouver une issue à la contestation qui secoue le pays. Et pour la première fois, Les Frères musulmans, principale force d’opposition ont été invités. La confrérie musulmane qui avait refusé initialement d’y participer est revenue sur sa décision samedi soir, en exigeant que les jeunes qui ont lancé le mouvement de révolte y soient aussi représentés. « Nous y allons principalement pour discuter de la transition, de l’élection d’un nouveau président et d’un nouveau Parlement qui représente le peuple », a expliqué Essam al-Aryan un des responsable du parti. Mais à l’issue de cette réunion, la confrérie a estimé insuffisantes les réformes annoncées par le gouvernement.

Bien que la vie reprenne peu à peu dans le pays, après plusieurs jours de forte mobilisation, beaucoup d’Egyptiens sont toujours déterminés à poursuivre le mouvement. Une nouvelle journée de contestation est prévue mercredi. Les manifestants n’ont pas dit leur dernier.