L’économie au centre de la campagne présidentielle au Kenya

La bataille pour l’élection présidentielle au Kenya tourne autour de la santé de l’économie du pays, la redistribution des ressources aux régions les plus éloignées du pays et la loyauté envers les musulmans qui constituent le tiers de la population.

Le président sortant Mwai Kibaki, qui base sa campagne sur sa relance de l’économie kenyane autrefois en difficulté, a passé les deux dernières semaines à faire campagne dans le fief de l’ex-président Daniel Arap Moi, dans la Rift Valley.

Le principal candidat de l’opposition, Raila Odinga a, pour sa part, passé les dernières semaines dans la région côtière à majorité musulmane, où les électeurs réclament une plus grande autonomie pour décider de leurs priorités de développement à travers un système de gouvernance décentralisé.

Le président Kibaki a rejeté les appels de son adversaire à un système de gouvernance décentralisé, dénommé « Majimbo » en kiswahili, mais M. Odinga soutient que c’est la meilleure méthode de gouvernance qui donnera aux régions l’autorité de déterminer leurs priorités.

Les élections législatives et présidentielle du Kenya sont prévues pour le 27 décembre.

L’orientation du scrutin est traditionnellement dictée par quatre tribus dominantes, la tribu Kikuyu qui occupe le centre du Kenya celles de Luo et Luhya dans l’ouest et celle de Kalenjin dans la Rift Valley.

Le président Kibaki a le soutien de son fief du centre tandis que M. Odinga bénéficie de celui du bloc électoral Luo, lui-même en partie soutenu par la communauté Luhya tandis qu’un troisième candidat, Kalonzo Musyoka, a le soutien du bloc de l’Est.

Les blocs électoraux régionaux influencent traditionnellement le vote présidentiel tandis que les quatre autres provinces, la région côtière, la province du Nord-Est et les provinces basse et haute de la Rift Valley représentent un électorat instable.

Les sondages réalisés jusqu’ici montrent que M. Odinga est en tête dans les intentions de vote avec 44,6 pour cent contre 44 pour cent pour M. Kibaki, tandis que M. Musyoka engrange 12 pour cent des intentions de vote.

Le Kenya compte 14,2 millions d’électeurs inscrits. Les jeunes représentent environ 68% des électeurs et les derniers sondages indiquent que la plupart des électeurs ont décidé pour qui ils allaient voter.

La Constitution stipule que le vainqueur doit obtenir 25% des voix dans au moins cinq des huit provinces en plus d’avoir la majorité des voix au niveau national.

La popularité du président Kibaki est due à l’instauration de la scolarité gratuite au primaire qui a permis à 7 millions de nouveaux élèves de s’inscrire.

Il a promis d’étendre cette mesure au secondaire l’année prochaine.

« Je suis fier de mon bilan et je reste déterminé à assurer le maintien de la paix dans tout le pays », a déclaré M. Kibaki samedi lors d’un meeting de campagne dans la Rift Valley.

Le ministre de l’Education, George Saitoti, membre du Parti de l’unité nationale (PNU) de M. Kibaki, a annoncé le déblocage de la première tranche budgétaire pour la gratuité de l’enseignement secondaire il y a deux semaines, donnant ainsi une indication claire de l’application de cette initiative l’année prochaine.

La campagne de M. Kibaki est également axée sur sa relance de l’économie kenyane autrefois léthargique, avec des taux de croissance négatifs de 1,1 et 1,2% enregistrés entre 2000 et 2002.

Désormais, le taux de croissance économique est de 6,3% et M. Kibaki promet une croissance à deux chiffres de 11% d’ici 2030, année où le Kenya devrait selon ses prévisions devenir un pays à revenus intermédiaires.

M. Odinga a pour sa part qualifié la croissance économique sous M. Kibaki « de trop faible pour un pays qui était à égalité avec les tigres asiatiques au moment de son accession à l’indépendance en 1963.

« Le Kenya n’est jamais allé jusqu’au bout de ses réalisations. Cette croissance de 6,3% dont on parle est pour les pays qui sortent de conflits, nous pouvons nous développer plus rapidement que cela », a affirmé M. Odinga en annonçant sa candidature sous la bannière du Mouvement démocratique orange (ODM) au mois d’août.