L’ayatollah Khamenei craint une guerre civile en Egypte

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, met en garde contre le risque d’une guerre civile en Egypte. La fin du Ramadan laisse craindre de nouvelles violences.

L’ayatollah Khamenei, le guide suprême iranien, a déclaré vendredi dans son discours de l’Aïd el Fitr-(fête qui marque la fin du Ramadan, ndlr) craindre une guerre civile en Egypte. « Nous sommes inquiets de ce qui se passe en Egypte. La possibilité d’une guerre civile se renforce chaque jour », a souligné Ali Khamenei. Il a demandé « au peuple égyptien, aux responsables politiques, religieux et aux intellectuels de réaliser (…) les dangers de la poursuite de cette situation. »

Une fois n’est pas coutume, l’Iran condamne l’ingérence des pays étrangers et « le massacre de la population ainsi que l’utilisation du langage de la force par les groupes populaires les uns contre les autres ». Il craint l’imminence d’une guerre civile que « rien ne pourra arrêter ».

Les relations diplomatiques entre l’Iran et l’Egypte ont été suspendues en 1979 par Téhéran, en contestation des accords de paix de Camp David, conclus entre l’Egypte et l’Israël. Mais aussi et surtout du fait que les autorités égyptiennes avaient accordé l’asile politique à Mohammad Reza Pahlavi, le dernier chah iranien détrôné. La normalisation des relations entre les deux pays ne se fait pas avant 2010.

L’Iran enterre l’ère Moubarak

C’est un petit pas de plus qu’avait franchi l’ex-dirigeant iranien, Mahmoud Ahmadinejad, le 5 février 2013, en foulant le sol égyptien pour participer au 12e sommet de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Il s’agissait de la première visite en Egypte d’un dirigeant iranien depuis la révolution islamique de 1979. La reprise des relations entre les deux pays n’avait jamais aussi bien fonctionné depuis la démission de Hosni Moubarak en février 2011. Mohamed Morsi considérait l’Iran comme un « partenaire
stratégique ». Pour sa part, Ahmadinejad estimait que « l’expansion des liens entre Téhéran et Le Caire assurera la paix, la sécurité et la fraternité ».

La reprise totale des relations diplomatiques entre l’Iran et l’Egypte n’était toutefois pas à l’ordre du jour, malgré le prêt d’un milliard de dollars qu’avait proposé l’Iran à l’Egypte. Morsi était resté sur ses gardes tout en tendant la main à Téhéran. Et pour la première fois depuis 34 ans, un avion de la compagnie charter égyptienne, Air Memphis, a décollé du Caire, le 30 mars 2013, pour atterrir à Téhéran. L’avion, affrété par un homme d’affaires égyptien, Ramy Lakah, était le signe du rétablissement d’une ligne directe entre le Caire et Téhéran. Le vol d’Air Memphis pourrait assurer très prochainement des liaisons régulières entre le sud-égyptien et Téhéran, afin d’encourager l’essor du tourisme iranien en Egypte.

Qu’en sera-t-il maintenant que Morsi a été destitué ? Téhéran continuera-t-il à déployer, avec le nouveau pouvoir égyptien, les efforts consentis par Ahmadinejad et Morsi pour faciliter un rapprochement diplomatique ? Pour l’heure, l’Iran voit d’un mauvais œil les évènements en Egypte et craint une probable guerre civile.

Les violences en Egypte, depuis la destitution de Morsi par l’armée le 3 juillet, ont fait plus de 250 morts. La fin du Ramadan laisse craindre de nouvelles violences, d’autant plus que les pro-Morsi continuent de défier l’armée en manifestant…