L’aventure du Nil blanc

Au milieu du dix-neuvième siècle, l’Europe se passionna pour une quête millénaire à laquelle les explorateurs anglais voulurent apporter une réponse définitive : celle des sources du Nil, au coeur du continent. Alan Moorehead s’est fait le chroniqueur fidèle de cette aventure scientifique.

Le Nil blanc : rarement sans doute un problème géographique n’avait autant passionné le grand public comme les savants. Remonter le cours du fleuve Dieu, rythmant les antiques saisons égyptiennes, nourricier et protecteur, pour connaître enfin le fin mot de ses secrets et de ses crues.

Les expéditions anglaises qui partirent de Zanzibar pour découvrir la région des Grands Lacs se heurtèrent, certes, et souvent avec violence, aux peuples qui depuis toujours vivaient au coeur de l’Afrique. Elles vécurent pourtant comme une suite d’actes héroïques les traversées et les reconnaissances successives des Speke, Burton, Stanley…

Passions africaines

 » Tous affirment dans leurs écrits ne se rendre en Afrique que pour y remplir la mission dont on les a chargés : résoudre un problème géographique ou réformer le pays par la transformation de terres en friches enfermes productives, l’ouverture du continent au commerce ou la conversion des indigènes… Mais on ne peut s’empêcher de croire que d’autres motifs les incitent au voyage…  » Vers l’Afrique.

Car malgré les difficultés, les souffrances endurées, les erreurs, les tragédies, ils repartent et repartent à l’assaut de ce continent qui n’a pas encore livré tous ses replis.  » Des mois durant, Stanley ne sut où sa navigation devait le conduire : au Nord, vers l’Egypte, ou bien au Sud, en des lieux inconnus, à travers de vastes territoires inexplorés ? Stanley eut à affronter toutes les catastrophes possibles et imaginables : naufrages, famine, attaques des tribus riveraines, perte de tout son équipement et pour couronner le tout noyade de Franck Pocock, son dernier aide blanc. Neuf cent quatre-vingt dix-neuf jours après avoir quitté Zanzibar, les survivants, réduits à l’état de zombies, débouchèrent de la jungle dans l’estuaire du Congo. Sur les 356 personnes parties avec Stanley de la côte orientale, il n’en restait plus que 114.  »

Premiers pas vers la mondialisation ?

Le talent d’Alan Moorehead est de nous faire partager l’exaltation qui portait ces explorateurs à mesurer, calculer, cartographier, toujours plus loin, pour faire progresser la connaissance géographique. Que derrière leurs pas se profilent aussi d’autres intérêts des nations occidentales n’enlève rien à la gratuité héroïque de leurs entreprises. Qu’ils aient aussi à coeur, comme Gordon au Soudan ou en Abyssinie, de faire régresser les pratiques esclavagistes, sans parvenir à les bannir totalement, reste également à leur honneur.

En un mot, ce n’est pas sans émotion que l’on accompagne ces Odyssées africaines qui constituaient les premiers pas d’un processus de reconnaissance mutuelle qui devait nous conduire, cent cinquante ans plus tard, à la société de communication mondialisée que nous apprenons, à notre tour, à défricher et à enrichir.

Alan Moorehead, The white Nil, en traduction française : Le Nil blanc, 2 tomes, éd Gaia.