L’arrivée de Global Voice Group décriée au Sénégal

L’Etat du Sénégal a confié à la société américaine Global Voice Group (GVG), depuis le 1er août, par décret, le contrôle de tous les appels téléphoniques internationaux entrants pour lutter contre la fraude et augmenter les recettes de l’Etat. Une augmentation qui se fera grâce à l’application d’une nouvelle tarification. L’Autorité de régulation des marchés publics (Armp) a chargé sa Cellule d’enquête d’étudier la régularité de la procédure qui a conduit au choix de Global Voice.

L’opérateur téléphonique historique, Sonatel, dans lequel l’Etat est actionnaire, est la première opposée à l’arrivée de la société américaine Global Voice Group (GVG) au . Elle va, en effet, perdre son monopole sur la gestion des appels entrants, soit près de 30% de son chiffre d’affaire. Un réajustement des salaires de ses employés semble donc à terme inévitable. Cela explique son mouvement d’humeur du Jeudi 5 août. Elle avait volontairement créé de grosses perturbations sur les réseaux téléphoniques et Internet dans tout le pays pour protester contre ce décret. L’Agence de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) l’a d’ailleurs sommé de s’expliquer sous peine d’une forte amende. Des associations de consommateurs ont également décidé de porter plainte contre la Sonatel auprès de l’ARTP pour atteinte au service public. Prenant le contrepied de ces associations, Abdoulaye Bathily, le secrétaire général de la Ligue démocratique (LD), a déclaré : « Je soupçonne qu’il y a quelque part de la manipulation de l’Etat ». Selon lui, les associations de consommateurs ont été moins regardantes quand il s’agissait de critiquer les coupures d’électricité de la Société Nationale d’Electricité (Senelec) ou d’eau potable de la Sénégalaise des Eaux (Sde).

Le contrat signé avec GVG pour une durée de cinq ans devrait rapporter à l’Etat plus de 5 milliards de F CFA par mois. Cependant, la situation suscite l’ire de l’opposition et de la population pour plusieurs raisons. Tout d’abord, une augmentation annoncée de la tarification des appels téléphoniques venant de l’extérieur, ce qui va pénaliser les nombreux sénégalais de la diaspora qui appellent régulièrement leurs familles restées au pays. Ensuite, cet accord léonin stipule que GVG prendra la moitié des bénéfices pendant cinq ans, avant de rétrocéder la totalité de son matériel à l’Etat. Or, le coût total du matériel installé est estimé à 10 milliards de F CFA selon Global Voice (un milliard selon ses détracteurs) et va lui rapporter 300 milliards en cinq ans. Cela suscite par conséquent de nombreux soupçons quant à de possibles dessous de table. Cela d’autant plus que cet accord a été passé de gré à gré, sans appel d’offre.

L’opposition est immédiatement montée au créneau pour dénoncer cet « énième scandale de l’ère Wade ». Pour les ténors comme Abdoulaye Bathily, le contrat de concession sur les appels extérieurs entrants ne va profiter qu’à Global Voice et à « ses commanditaires en haut lieu de l’Etat ».

Dernier rebondissement en date, les ministres des télécommunications de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont demandé que cette nouvelle tarification des appels entrant au Sénégal ne s’applique pas aux autres Etats membres par solidarité. Ils ont annoncé leur intention de requérir un avis technique de la part de l’Union Internationale des télécommunications (UIT).