L’archevêque pas très catholique

L’ancien archevêque de l’Eglise Catholique Romaine de Zambie, Emmanuel Milingo, a encore fait des siennes. En se mariant dimanche à New York lors d’une cérémonie collective de la secte Moon, il s’est attiré les ultimes foudres du Vatican : l’excommunication.

Un archevêque qui se marie. L’histoire n’est pas banale et à de quoi faire sourire. Mais il en est, au Vatican, que l’affaire n’amuse pas le moins du monde. D’autant moins que l’ancien archevêque en question, le très controversé Zambien Emmanuel Milingo, a été uni; dimanche, par les liens sacrés du mariage, par le révérend Moon, de la secte du même nom, lors d’une cérémonie collective à New York. Le camouflet est de taille et l’ire du Saint Siège légitime. La sentence tombe comme un couperet : l’excommunication.

L’ancien numéro un de l’Eglise Catholique Romaine de Zambie n’en était pas à son premier coup d’éclat. Guérisons publiques par la prière, exorcismes impromptus, les frasques ecclésiastiques de Milingo ont, déjà par le passé, donné des cheveux blancs à sa hiérarchie. Rapatrié à Rome pour être mieux surveillé, l’électron libre de la foi africaine poursuivra malgré tout ses religieuses activités curatives au nez et à la crosse du pape Jean Paul II, jugé trop clément à son égard par de nombreux autres dignitaires de l’Eglise.

Ni l’art, ni la manière

Son récent mariage est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et quelle goutte d’eau. Qu’un prêtre se marie, soit, mais encore faut-il qu’il le fasse dans les règles. Et avant de penser à sa prochaine lune de miel, il doit préalablement demander la permission à sa congrégation de dire oui devant Dieu, avant de le clergé. Mais c’est sans rien demander à personne et sans avoir quitté les ordres que Milingo a entrepris dimanche de se marier, piétinant en cela ses voeux de célibat et balayant le respect de toutes règles canoniques. Si encore il n’y avait que cela…

Si l’Eglise ne peut que saluer la noblesse d’un engagement tel que le mariage, elle ne peut, en revanche, voir que d’un mauvais oeil les unions déclarées par les usurpateurs de la foi, les sectes et leurs gourous de tous bords. Et Milingo, 71 ans, épouse Maria Sung, 43 ans, une acupunctrice coréenne, lors d’une cérémonie du révérend Moon. Dont l’Eglise de l’Unification est l’une des sectes récentes les plus puissantes au monde.

Moon : le Messie du deuxième avènement

Sun Myung Moon, fondateur de sa propre église en 1954, se considère comme le messie désigné du second avènement. Petit, alors qu’il priait dans la montagne, il reçut, dis sa légende, la visite de Jésus en personne. Ce dernier lui demandait de finir ce qu’il avait entamé, à savoir établir le royaume de Dieu sur la terre, le Christ n’ayant pu, lui même, achever sa mission, pour cause de crucifixion. Le Seigneur avait échoué avec le Jardin d’Eden, il avait échoué avec son fils, mais il réussirait avec Moon.

Milingo aurait bien pu se marier devant un prêtre à Las Vegas, déguisé en Elvis, l’affaire ne saurait être plus grave. Car l’imposture d’un homme qui se prétend être le nouveau messie relève du pur blasphème, non du simple folklore. Le Vatican en perd son latin.  » Milingo nous a infligés une sérieuse blessure (…) « , commente Joaquim Navarro Valls, le porte parole du Saint Siège.  » En rejoignant une cérémonie publique de mariage célébrée par la secte Moon, il (Milingo) s’est placé lui même en dehors de l’Eglise Catholique « . A demi couvert, le mot est lâché. Excommunication. Si aucune décision officielle n’a pas encore été fulminée à l’encontre du prêtre renégat, tous considèrent qu’il ne fait d’ores et déjà plus partie de la famille.

 » Cela ne m’affecte pas, ce n’est rien pour moi (…) J’aime mon Eglise et Dieu est avec moi « . Les commentaires avisés du principal intéressé ne semblent pas saisir toute la portée de ses actes. Le tout jeune marié, septuagénaire, ne se soucie d’aucune critique, d’aucune menace. Une nouvelle vie l’attend avec son épouse en Afrique où il espère, mieux vaut tard que jamais, avoir des enfants. Il risque simplement de réaliser bientôt à ses dépens, qu’on ne peut être et avoir été. Adieu l’archevêque, bonjour papa.