L’analyse RDC : Quand CENCO-ECC et C64 parlent, on refuse de les écouter. Quand ils se taisent, on stigmatise leur silence !


Lecture 4 min.
Tshisekedi seul dans son bureau
Tshisekedi seul dans son bureau

C’est le modus operandi préféré des Kinois : détourner l’attention de l’opinion de l’essentiel pour la faire braquer sur l’accessoire, surtout lorsque l’accessoire a quelque chose d’alléchant, d’accrochant ! Analyse approfondie du contexte politique congolais par Omer Nsongo die Lema. 

C64 va finalement se prononcer…

Ainsi, au moment où se dessine un nouveau « Genval » (Bruxelles pour certains, Rome pour d’autres) – entendez une rencontre des forces politiques et sociales pro-Dialogue inclusif et anti-changement de Constitution – il s’observe dans le microcosme politique congolais la contradiction flagrante consistant, d’un côté, à réclamer à tue-tête du binôme CENCO-ECC et de C64 leur position par rapport au FRN de Joseph Kabila pendant que, de l’autre côté, on a pleinement conscience de ne prêter aucune attention à leurs initiatives ! Ayant rendez-vous avec l’Histoire – car à l’issue de son conclave du 24 octobre prochain rappelant aux Congolais celui de juin 2016 – C64 (dans le rôle du « Rassop ») va devoir finalement se prononcer. Reste à savoir pour quelle finalité.

Certain, davantage certain, sûr et certain

Ce qui est certain, c’est qu’elle va rappeler la *voie des urnes* comme seul moyen de conquête du Pouvoir (d’où condamnation de l’existence de l’Opposition armée autrefois dénommée M23, AFC-M23 et, désormais, FRN).

Ce qui est davantage certain, c’est qu’elle va réclamer un Dialogue national inclusif proche du *Pacte Républicain* et, surtout, recommander le respect de la Constitution actuelle.

Dans les deux cas, ce qui va se passer est sûr et certain : Doha reprendra avec comme interlocuteurs la RDC et le FRN. Cette fois, l’interlocuteur pour l’ex-AFC-M23 pourrait ne plus être la Présidence de la République, mais le Gouvernement.

En effet, jusque-là, le Gouvernement congolais est engagé dans ce processus par un membre du cabinet de l’institution « Président de la République » n’exerçant aucune fonction ministérielle. Il s’agit du Haut Représentant Sumbu Sita Mambu en charge du Suivi de la feuille de route de Luanda et des organisations économiques régionales.

Si on maintient la formule jusque là en cours, la finalité sera la signature de l’Accord de Paix par le Président de la République en fonction, en l’occurrence Félix Tshisekedi, d’un côté et, de l’autre, l’ex-Président de la République devenu président du FRN, Joseph Kabila Kabange ! Ceci pour Doha.

Maintien hypothétique

Pour le Dialogue national inclusif, « Genval 2 » pourrait ne pas conforter la position de Félix Tshisekedi.
Au contraire, toute concession de la part du chef de l’Etat après les deux sorties de Joseph Kabila seraient interprétées comme effet de la peur.

Toute renonciation de sa part au changement de la Constitution aurait le même effet.

Pire, toute résistance contre l’inclusivité ou résistance pour le maintien du changement de la Constitution relancerait la fronde politique et la fronde armée. Ce qui lui imposerait de gros moyens humains, matériels et financiers sur fond d’un facteur des plus fragiles : « le temps du mandat finissant.

Devant tout ce tableau, Félix Tshisekedi risquerait de ne négocier que pour son maintien au pouvoir jusqu’en décembre 2028. Ce qui deviendrait hypothétique même s’il misait sur la jurisprudence ayant permis à Mobutu de rester au Pouvoir 6 ans de plus (1991-1997) et à Joseph Kabila 2 ans (2016-2018).

Solitude du pouvoir

Au fait, le problème de Félix Tshisekedi est sa radicalisation en accentuation continue.

A force de mettre mal à l’aise ses interlocuteurs, il s’isole des partenaires extérieurs (chefs d’État, de Gouvernement, ministres, diplomates, investisseurs, etc. ) tout comme des partenaires intérieurs (forces vives congolaises non-radicales).
Il est en train d’ériger autour de sa personne des murs de solitude, des « bunkers » qui vont le statufier.
Il s’appuie sur la rue, perdant de vue que celle-ci a un problème, disait Alexis Thambwe Mwamba : elle ne gouverne pas !

Même si elle peut aider à la conquête et à la conservation du Pouvoir, la rue ne l’exerce pas elle-même. D’où risque de retournement quand le pain et la paix viennent à manquer. Étant de l’UDPS, Félix Tshisekedi est bien placé pour le savoir !

Omer Nsongo die Lema
LIRE LA BIO
Omer Nsongo die Lema est un journaliste, chroniqueur politique, analyste indépendant et auteur originaire de la République démocratique du Congo (RDC). Figure bien connue des milieux médiatiques congolais, il se distingue par ses analyses pertinentes de la gouvernance et de l'histoire politique contemporaine de son pays
Newsletter Source préférée