L’Agriculture, le maillon faible

Favoriser un meilleur accès des produits agricoles au marché américain. C’est, semble-t-il, le nouveau cheval de bataille du Corporate Council on Africa (CCA) alors que le forum Agoa s’est achevé mardi dernier aux Etats-Unis. Entretien avec Timothy McCoy, directeur de la politique et des programmes du CCA.

Timothy McCoy est le directeur de la politique et des programmes du Corporate Council on Africa (CCA). Un groupement d’acteurs du secteur privé américain qui milite en faveur du développement des relations commerciales entre l’Afrique et les Etats-Unis. Outil déterminant de cette action, l’African Growth and Opportunity Act (Agoa) était au coeur du forum qui a réuni une quarantaine de pays, les 8 et 9 décembre derniers, à Washington D.C (Etats-Unis).

Afrik : Quel bilan faites-vous de l’Agoa depuis son entrée en vigueur ?

Timothy Mc Coy : L’Agoa couvre trois secteurs principaux : l’agriculture, l’habillement et le textile et l’artisanat. Nous avons constaté, dans le secteur de l’habillement et du textile, une forte croissance des exportations vers les Etats-Unis de pays comme le Lesotho, le Kenya, l’Ile Maurice, Madagascar ou encore de la Namibie. Entre janvier et septembre 2003, ces recettes d’exportation ont augmenté de 300 millions de dollars au Lesotho, de 200 millions à l’Ile Maurice, de près 150 millions au Kenya, de 140 millions à Madagascar…Par contre, en ce qui concerne l’artisanat, des efforts restent à faire au niveau des autorités américaines pour faciliter l’accès des produits artisanaux sur le marché national. Il en va de même pour les produits frais agricoles. Dans ce domaine, l’espoir est néanmoins permis. Ainsi dans le cadre de l’aide au développement, des fonds devraient être alloués à l’USAID pour la formation dans les pays africains de scientifiques sur les critères sanitaires et phytosanitaires en vigueur sur le marché américain.

Afrik : Les pays africains ont également exprimé quelques inquiétudes quant aux futurs bouleversements du marché textile…

Timothy Mc Coy :Le forum a en effet pris acte, en 2005, de la fin de l’Accord Multifibre et des inquiétudes que cette disposition soulève dans les pays africains. Ils craignent la concurrence des produits textiles asiatiques, notamment en provenance de Chine. De même, la provision de l’Agoa permettant aux Etats africains d’utiliser pour leur production des tissus importés d’Asie devrait prendre fin en 2004. Une mesure défavorable à des pays comme le Malawi et le Lesotho, dont l’industrie du tissage n’est pas assez développée pour permettre une intégration verticale de la production textile.

Afrik : Des rumeurs circulent sur un éventuel désengagement de l’administration Bush concernant la reconduite de l’Agoa au-delà de 2008. Ces craintes sont-elles fondées ?

Timothy Mc Coy :Je ne suis pas au fait de ces rumeurs. Le principe du prolongement de l’Agoa jusqu’à 2015 voire 2020 est déjà accepté par la Maison Blanche. Ce sont plutôt les modalités de la loi qui risquent de faire l’objet de controverses au moment de son vote à la Chambre des Députés notamment dans le secteur de l’agriculture. L’agriculture et le textile sont depuis les débuts de l’Agoa des sujets très sensibles.

Afrik : Partagez-vous la position prise à Cancùn par certains pays africains sur la question du coton ?

Timothy Mc Coy :Nous n’avons pas pris position sur cette polémique autour du coton. Notre mission est de participer au développement économique de l’Afrique à travers le secteur privé. S’il existe des subventions qui viennent s’inscrire à l’encontre de ce principe, il est évident que nous nous y opposerons.

Afrik : Quels sont vos principaux objectifs pour 2008 ?

Timothy Mc Coy :Nous souhaitons qu’à l’horizon 2008 les produits agricoles, et plus spécifiquement les produits frais, puissent accéder plus facilement au marché américain. Le principal handicap pour des pays comme le Kenya et la Zambie, qui exportent pour des millions de dollars de carottes, d’aubergines et de haricots verts vers la Grande Bretagne, sont les critères sanitaires et phytosanitaires. Nous souhaitons par conséquent que les procédures dans ce domaine soient plus transparentes. Les entreprises africaines ne peuvent pas faire de business plan s’il faut qu’elles attendent par exemple cinq ans (le processus doit initialement durer deux ans dans sa totalité, ndlr) pour avoir l’autorisation du ministère américain de l’agriculture pour exporter leurs produits.