L’AGRA lance une initiative stratégique visant à rendre à l’Afrique la maitrise nécessaire pour modeler des politiques agricoles nationales

DES MOINES, IOWA et NAIROBI, KENYA (15 Octobre 2009) – L’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA) a lancé aujourd’hui une initiative visant à renforcer la capacité des gouvernements africains à modeler des politiques agricoles nationales susceptibles d’accompagner de façon globale les petits producteurs agricoles, et en particulier les femmes. L’initiative est financée par un don de la Fondation Bill et Melinda Gates d’un montant de 15 millions de dollars.

L’initiative portera d’abord sur cinq pays (Éthiopie, Ghana, Mali, Mozambique et Tanzanie), dont elle renforcera la capacité à développer des politiques agricoles. Elle formera des spécialistes en analyse de politiques agricoles, redynamisera les groupes de réflexion sur les politiques, établira des banques de données nécessaires au développement de politiques fondées sur des données scientifiques et coordonnera les centres nationaux en matière de politiques. Elle se concentrera sur des politiques d’appui aux petits exploitants dans les domaines des semences, de l’amélioration des sols, de la commercialisation, des droits fonciers, des droits de la femme, de l’égalité, de la durabilité environnementale et du changement climatique.

« A la différence des agriculteurs sur d’autres continents, les agriculteurs africains, en majorité des femmes, reçoivent peu ou prou de soutien de leurs gouvernements » rappelle Kofi A. Annan, Président du Conseil de l’AGRA et Ancien Secrétaire Général des Nations Unies. « Il faut changer cela. Le nouveau soutien apporté par la Fondation Bill et Melinda Gates à l’AGRA arrive au bon moment pour l’Afrique, qui a un besoin impératif de politiques nationales susceptibles de mettre un terme à la pauvreté et d’atteindre la sécurité alimentaire.

La Fondation Bill et Melinda Gates a annoncé ce don au Symposium du World Food Prize à Des Moines, dans l’Iowa, auquel venait s’ajouter un ensemble de neuf projets de développement agricole pour un montant total de 120 millions de dollars visant à renforcer la sécurité alimentaire à long terme.

« Melinda et moi-même pensons qu’aider les plus pauvres des petits exploitants agricoles à accroître leur production et à la commercialiser est le moyen le plus puissant au monde pour réduire la faim et la pauvreté » souligne Bill Gates.

Mais cela ne peut se produire que si les agriculteurs africains sont accompagnés par des politiques agricoles qui encouragent leurs efforts. Seulement, les systèmes africains de formulation de politiques agricoles sont aujourd’hui dans un état désastreux, à la suite de décennies de politiques menées de l’extérieur qui ont fortement affaibli l’appui des pouvoirs publics à l’agriculture et ont laissé l’Afrique sans capacités propres à développer des politiques agricoles. Les politiques extérieurs imposées par les programmes “d’ajustement structurel“ ont empêché des dizaines de millions agriculteurs d’échapper à la pauvreté, et les ont rendu incapables d’investir dans le développement de leur exploitation ou dans la commercialisation de leurs produits.

« Nous ne pouvons pas abandonner nos agriculteurs et ensuite nous étonner que l’Afrique subisse une crise alimentaire » souligne le Dr Akin Adesina, Vice-président des Politiques et Partenariats à l’AGRA. « Nous devons remplacer les “politiques de l’abandon“ du passé par des politiques d’accompagnement qui appuient de façon globale les efforts des petits exploitants. Les institutions politiques africaines doivent désormais prendre un rôle de leadership et développer des politiques fondées sur des données scientifiques, en cohérence avec la réalité nationale. De telles politiques pourront transformer l’agriculture africaine en un système durable, compétitif et hautement productif ».

« Notre objectif n’est pas de définir les politiques des pays africains mais de leur donner les moyens de le faire, et de passer de l’analyse des politiques à l’action stratégique » rappelle le Dr Namanga Ngongi, Président de l’AGRA. « Nous donnerons une voix aux agriculteurs».

Pour assurer que les nouvelles politiques avantagent le petit agriculteur, le programme renforcera les plateformes susceptibles d’encourager le développement de politiques favorables aux agriculteurs, et surtout, aux agricultrices, pour les aider à avoir un plein accès, et sans discrimination, à la sécurité foncière, aux technologies agricoles, aux marchés, au crédit et aux services de vulgarisation.

« L’AGRA aide à donner aux agriculteurs et décideurs politiques africains la voix qui leur a manqué depuis des décennies » indique Stephen Wazira, Ministre de l’Agriculture tanzanien. « Nous avons besoin de politiques qui permettent enfin d’exploiter notre potentiel agricole, de nourrir notre peuple et d’appuyer notre développement économique. Cette initiative donnera à notre gouvernement de nouveaux moyens pour formuler des politiques au service de nos petits exploitants agricoles »

Impacts des politiques

Selon Akin Adesina, les évènements prennent un tour favorable aux agriculteurs africains, et des nations comme le Malawi, le Kenya, le Rwanda, le Mali, l’Ethiopie, le Mozambique, le Ghana et le Nigeria sont en train de prendre des mesures nouvelles et courageuses pour revitaliser l’agriculture.

De nombreux autres pays ont rejoint le Programme Détaillé pour le Développement Agricole en Afrique (PDDAA) et se sont engagés à consacrer au moins 10% de leur budget au soutien de l’agriculture. Avec l’arrivée de ces fonds, la nécessité de politiques nationales susceptibles d’orienter ces investissements sur les besoins au niveau du terrain se fera sentir de façon de plus en plus aigüe. « L’AGRA renforcera les efforts du PDDAA au niveau national et régional. Il est impératif que chaque pays africain réussisse sa révolution verte s’il veut atteindre les 6% de croissance agricole auquel les présidents africains se sont engagés dans le cadre du PDDAA » rappelle Akin Adesina.

L’impact de politiques qui accompagnent de façon globale l’agriculteur est déjà visible dans des pays comme le Malawi ou le Rwanda. Des politiques nationales, tels des bons pour l’achat d’engrais et de semences distribués aux agriculteurs pauvres, ont aidé le Malawi à devenir exportateur de maïs, alors qu’il y a 4 ans, il était encore importateur, avec pour résultat de porter le taux de croissance de son économie à 7%. Au Rwanda, des politiques améliorant l’accès des exploitants agricoles à des semences et des engrais de qualité ont augmenté depuis 2 ans la production alimentaire. Cette dernière a augmenté de 15% en 2007 et 16% en 2008, alors que le pays s’engageait dans un programme de révolution verte. Ces performances ont amélioré sa sécurité alimentaire, alors même que 20 millions de personnes dans les pays avoisinants dépendent de l’aide alimentaire pour leur survie.

L’AGRA insiste cependant sur le fait qu’en matière de promotion de la petite exploitation agricole, il n’existe pas une solution politique universelle qui conviendrait à tous les pays africains. Si les agriculteurs ont besoin d’un soutien direct, il est également important d’accélérer l’investissement dans des biens publics comme la recherche et le développement agricole, la vulgarisation, la petite irrigation et les routes.

« À long terme, pour permettre aux petits exploitants agricoles d’Afrique d’assurer au continent une alimentation convenable, il faut qu’il y ait en place un environnement politique qui améliore l’accès aux technologies agricoles, assure un accès aux marchés, stabilise les prix des denrées alimentaires pour les pauvres, protège l’environnement et aide les agriculteurs à s’adapter au changement climatique » explique Kofi Annan. « C’est pour cela que cette initiative stratégique de l’AGRA est si importante ».

Des institutions telles que la Commission Economique pour l’Afrique, la Banque Africaine de Développement, le NEPAD, l’Union Africaine, les Communauté Economiques Régionales, le Consortium Africain de Recherche Economique et l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires seront des partenaires essentiels de cette initiative.

« Nous coordonnerons nos efforts avec ceux de ces institutions et d’autres pour accélérer la mise en place de politiques et d’investissements susceptibles d’assurer une croissance rapide de l’agriculture. Des millions d’agriculteurs africains ne peuvent plus attendre » insiste Ngongi.

***

A propos de l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA)

L’AGRA est un partenariat dynamique qui sur l’ensemble du continent africain, aide des millions de petits agriculteurs et leurs familles à échapper à la pauvreté et à la faim par leurs propres moyens. Les programmes de l’Alliance apportent des solutions pratiques qui permettent d’augmenter la productivité et les revenus des pauvres tout en protégeant l’environnement. L’AGRA défend des politiques qui soutiennent ses actions dans tous les principaux aspects de la chaîne de valeur agricole africaine — depuis les semences, l’amélioration des sols et l’eau jusqu’à la commercialisation et l’enseignement agricole.

Le Conseil d’administration de l’AGRA est présidé par Kofi A. Annan, ancien Secrétaire Général des Nations Unies. Le président de l’AGRA est le Dr A. Namanga Ngongi, ancien Directeur Général Adjoint du Programme Mondial pour l’Alimentation des Nations Unies. L’AGRA a reçu le soutien de la Fondation Rockefeller, de la Fondation Bill et Melinda Gates, du Département pour le Développement International (DFID) du Royaume Uni et d’autres donateurs. Ses programmes couvrent toute l’Afrique sub-saharienne. Les bureaux de l’Alliance sont à Nairobi, au Kenya, et à Accra, au Ghana.

Pour plus d’informations, consultez le site www.agra-alliance.org.