L’Afrique, une « myriade » de marchés

L’Afrique consomme, mais pas assez. Les produits destinés aux marchés africains ne correspondent pas forcément à la demande. Elle serait beaucoup trop lente. C’est la conclusion qui résulte du débat : « Le nouveau consommateur africain », au New York Forum Africa 2013, à Libreville, au Gabon.

(De notre envoyé spécial à Libreville)

La jeunesse africaine ne gagne pas beaucoup d’argent, elle est pourtant une grande consommatrice. Elle n’éprouve pas de difficulté à s’habiller, à écouter de la musique ou à se divertir de manière générale selon Céline Victoria Fotso, créatrice de Je Wanda Magazine au Cameroun. Son magazine en ligne, un zest décalé, aspire à donner une image positive et encourageante des jeunes africains. Elle estime que les produits proposés en Afrique ne correspondent pas systématiquement aux Africains. « Il manque des produits typiquement adressés aux Africains », avance-t-elle. Elle cite en exemple les professionnels de la cosmétique qui ont fini par comprendre, au bout de plusieurs années, qu’il fallait adapter des gammes de produits destinés aux Africains.

Le monde ne prend-il pas assez en compte les us et coûtumes des Africains ? Verone Mankou, le fondateur de VMK au Congo est persuadé que non. Décrit comme un « visionnaire », le jeune entrepreneur lance un appel aux investisseurs et entrepreneurs occidentaux et même africains. Il affirme que l’Afrique n’est pas un simple marché mais « une myriade de marchés ». Chaque marché a son code et il le fait savoir aux décideurs économiques et politiques soucieux de se développer en Afrique. « Pour atteindre ce milliard d’habitants (L’Afrique, ndlr), il faut intégrer leurs codes ! », lance-t-il sous les applaudissements.

Son entreprise ne connaît pas la crise. Et de fait, Verone Mankou met en vente une nouvelle catégorie de Smartphones destinés prioritairement aux jeunes Africains. Une tablette, Designed in Afrique (Congo), qui ne devrait pas coûter plus de 50 dollars. Une véritable démocratisation du monde connecté en Afrique, où les jeunes, soucieux de suivre la tendance, préfèrent se procurer des téléphones portables sur les marchés plutôt que de les acheter neufs en raison des prix excessivement élevés. « Les gens veulent des Smartphones, mais à des prix accessibles ». Sa révolution, c’est le contenu : « Faire en sorte que les jeunes qui recherchent une actualité sur quelqu’un par exemple trouvent la plus récente. »

L’Afrique, un marché « libéral »

Le PDG de Barthi Airtel, Manoj Kohli, en Inde s’est amusé à faire une brève comparaison entre l’Afrique et l’Asie. Lui aussi pense que le consommateur africain évolue très rapidement. L’Afrique fait, selon Manoj Kohli, « le grand saut que les Européens et les Américains ont franchi il y a quelques années ». Sauf que les Africains l’accomplissent de façon beaucoup plus rapide, estime-t-il. En Asie, Internet est plus lent à se développer a contrario de l’Afrique, en raison du marché « libéral » opéré sur le continent. Toutefois, le marché « n’est pas étendu dans les villages alors qu’en Asie il existe un développement périphérique rapide ». Le rythme de dispersion en Afrique est encore lent, les politiques doivent donc s’activer pour qu’un jour l’Afrique devienne « le grenier du monde ».

Le message est passé. Avis donc aux opérateurs économiques étrangers, et même africains. Si vous entendez produire en Afrique, pensez à vous adapter aux exigences locales.