L’Afrique roule au marchandage

Le marchandage est une coutume répandue en Afrique qui sous-tend l’économie et les échanges. On troque, on discute, on négocie jusqu’à se mettre d’accord. Certains pays comme le Cameroun ou le Sénégal pratiquent cet art avec adresse car il est très profondément ancré dans les moeurs.

A combien estimez-vous le prix d’un pantalon ? Au prix affiché ou à celui que vous avez en tête ? Le marchandage, largement installé en Afrique, fait partie de la culture du continent. Les Africains, toutes couches sociales confondues, marchandent dans tous les domaines. A tel point que bon nombre de vendeurs sont obligés de recourir à ce mode de négoce s’ils veulent écouler leurs produits.

Dans la plupart des commerces et des marchés, les prix ne sont pas affichés. C’est au client et au commerçant de trouver un point d’entente sur la valeur à donner à un produit. Si vous achetez un pantalon à 5 000 FCFA alors qu’il ne coûte que 1 000 F CFA en réalité, c’est que vous aurez estimé que ce vêtement vaut ses 5 000 FCFA. Le plus important est que vous en soyez satisfait.

Diviser le prix par deux

 » C’est la politique du pays « , témoigne une habitante de Yaoundé, au Cameroun. Les gens discutent longuement avant de convenir d’un prix juste pour les deux parties. Les tarifs sont souvent gonflés afin d’avoir une marge de manoeuvre intéressante et faire des bénéfices. Les vendeurs se doivent de négocier avec leurs clients car la concurrence est rude et plutôt que de rester avec leurs marchandises sur les bras, ils vont jusqu’à diviser les prix par deux.  » Si une paire de chaussures coûte 13 000 F CFA, tu dis que tu n’as que 6 500 F CFA sur toi. C’est à prendre ou à laisser.  »

Même les taxis jouent le jeu. Alors qu’une course revient en moyenne à 150 F CFA, ils vous la feront à 100 F CFA mais pourront prendre dans leur voiture plusieurs personnes pour rentabiliser la journée. Le client payera pratiquement le double du prix s’il souhaite voyager seul.

Pas tous logés à la même enseigne

Mais il ne faut pas croire que l’on peut marchander partout. Certains endroits, comme les supermarchés, les hôtels ou les transports en commun, ont des prix fixes. Que l’on soit nationaux ou étrangers, les tarifs sont les mêmes pour tous. Toutefois, ces règles ne sont pas une généralité.  » Il est très rare de discuter sur ces tarifs « , nous confirme une habitante de Dakar.  » Mais il existe un secteur informel qui fonctionne au bouche à oreille. »

Les touristes ont un traitement particulier. Quand on marchande avec un étranger, on augmente les tarifs. Comme les Occidentaux sont de plus en plus informés de cette pratique, ils viennent, en général, accompagnés de locaux. Il n’en reste pas moins que ce qu’ils paient est toujours plus cher que la normale.  » Lorsque je vend à un touriste, je n’hésite pas à faire grimper les prix « , nous confie Marie, une commerçante camerounaise.

Le marchandicament

Le secteur des médicaments est aussi touché par le marchandage mais à moindre dose. Des réductions sont accordées dans certains cas.  » Au niveau des médicaments, marchander reste tabou car notre code de déontologie nous l’interdit « , reconnaît une pharmacienne de Yaoundé.  » Mais les gens ont souvent des ordonnances lourdes qu’ils ne peuvent pas payer entièrement. Les prix sont donc établis en fonction de la clientèle et de sa bourse. »

Plutôt que de laisser leurs clients acheter des médicaments contrefaits, les pharmaciens préfèrent leur accorder des réductions. On ne négocie sur aucun médicament en particulier, qu’il soit  » en vrac  » ou  » sous-blister  » (préalablement conditionné), mais plutôt par rapport aux moyens du client. Alors, à vous de savoir soigner votre marchandage….