L’Afrique des festivals

Cette année, le Fespaco a ouvert le bal des festivals africains. Le Panaf a pris le relais et, une semaine après que le rideau est tombé sur cet événement, le Fespam s’est élancé à son tour. Le Fesman – qui aurait pu conclure ces fêtes – a, en revanche, été repoussé à 2010.

S’il est un mot écrit en lettres capitales sur la carte de visite de l’Afrique, c’est « CULTURE ». Le continent est une rivière de cultures, toujours en cru. Un domaine qui rit de la violence du climat, du sentiment, de l’environnement ou de la politique… Ces festivals sont des onces de joies. Des moments où les « savoirs »africains se relient pour les « féconder ». Des parachutes, sans lesquels l’Afrique se serait écrabouillée. Oui, de vrais moments de rencontre. Que ce soit à Ouagadougou, Alger, Brazzaville ou Dakar, les festivals sont le temps pour les autochtones d’oublier la monotonie de la vie, parfois dure. Un tant soit peu, les délestages et les coupures d’eau se reposent.

Les pays organisateurs sont-ils à la hauteur de la fête?

« Comparaison n’est pas raison, dit-on. » Simple cliché. André Breton n’éprouvait « de plaisir intellectuel que sur le plan analogique ». La rénommée internationale du Fespaco n’est plus à démontrer; le Burkina-Faso a tout fait pour que sa fête soit belle et totale. Des structures et des infrastructures de qualité. Quiconque participe au Fespaco en sort submergé de bonheur. Les Algériens ont, eux-aussi, mis le paquet pour la deuxième édition du Panaf. 55 millions d’euros, dont une grande partie a été consacrée à la construction du village artistique de Zéralda.

Le Fespam, en revanche, patauge encore dans son Paléolithique, en dépit de ses dix ans d’existence. Aucune infrastructure digne de ce nom. Ceux des téléspectateurs, qui ont eu la chance de suivre la cérémonie d’ouverture lundi, ont pu remarquer qu’il faisait très noir dans l’enceinte du stade Eboué. On avait du mal à distinguer les visages. Parfois, les micros ne fonctionnaient pas. Certes « ce n’est pas un festival de stars », pour reprendre les mots du ministre de la Culture du Congo ( une star noire américaine a exigé 500 millions de francs CFA pour y participer; cela paraît énorme au vu du budget débloqué par le Congo pour l’événement: 5 millions d’euros). Il n’empêche que les autorités congolaises auraient dû faire un effort supplémentaire. Dix ans, ça se fête comme il se doit. Là, pas de Zéralda à la brazzavilloise. Le plus important du festival se passe au stade Félix Eboué – les sites de Mfilou, du Palais du Parlement ou de l’esplanade de Télécongo ne sont pas adaptés. Un huit clos étouffant. Les acteurs et spectateurs coagulent. On aurait dû disséminer des espaces ici et là, ou implanter des tentes dans chaque arrondissement, pour permettre à tout le monde de jouir de la fête.

Aucun doute, le gouvernement sénégalais a fui le ridicule en reportant le Fesman. Une sage et responsable décision. Reculer pour mieux sauter. Se donner les moyens de l’ambition. Cependant, dans cette recherche des moyens, le même gouvernement aurait dû s’épargner un ministère du Fesman. Abdoulaye Mactar Diop, ancien ministre, a eu raison de dire sur Canal Info News que c’est une erreur que d’avoir créé ce ministère. « C’est comme si, a-t-il ajouté, on nommait un ministre de l’organisation de la coupe d’Afrique des nations de football. » Cela dénote de cette autre maladie dont souffre l’Afrique: des gouvernements, kilométriques. Un comité d’organisation suffisait. Les festivals n’échappent pas au bazar politique. Du moins au Congo et au Sénégal.