L’Afrique aux JO : peut mieux faire

L’Afrique a remporté 35 médailles aux Jeux Olympiques de Sydney, en 2000. Loin derrière l’Europe, les Etats-Unis… et même l’Océanie. Seuls huit pays du continent, sur la quarantaine engagés, ont participé à cette maigre moisson. La pauvreté économique, la faiblesse des infrastructures sportives, mais parfois aussi la mauvaise volonté des autorités, sont autant de raisons qui empêchent le continent de faire mieux.

L’Afrique a obtenu 35 médailles lors des derniers Jeux Olympiques d’été, en 2000, à Sydney (Australie). Neuf en or, 11 en argent et 15 en bronze. En comparaison, l’Europe en a remporté 495, l’Amérique du Nord et l’Amérique centrale 160, l’Asie 147 et l’Océanie… 59 ! Seule l’Amérique latine est parvenue à faire moins que le continent africain, avec 19 médailles. Des 43 pays africains qui ont participé aux olympiades de Sydney, seuls huit – l’Ethiopie, le Kenya, l’Algérie, le Cameroun, le Mozambique, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Maroc, dans l’ordre des plus médaillés – se sont signalés sur le tableau des médaipalles. Aucune trace du Sénégal, de l’Egypte, de la Tunisie ou d’un pays d’Afrique de l’Ouest. Sans sa magnifique victoire dans le tournoi de football, le Cameroun serait même rentré bredouille au pays.

L’époque où les Africains étaient victimes du racisme des juges de boxe ou de plongeon (l’Egyptien Farid Simika a été proclamé vainqueur du plongeon de haut vol, en 1928, avant d’être déclassé à la faveur de l’Américain Peter Desjardins) est révolue. Et la principale raison de cette modeste moisson tient malheureusement à la pauvreté économique du continent. La création ou la rénovation d’infrastructures sportives vétustes ne fait pas partie des priorités des gouvernements africains. A moins que l’Etat puisse tirer profit du succès et de l’image de ses champions, et ne consente à leur lâcher quelques deniers, comme en Ethiopie, au Kenya ou au Maroc.

Six médailles hors athlétisme

Pas de matériel pour les champions, pas de matériel pour les amateurs. Les sportifs du continent se tournent donc vers les disciplines qui ne nécessitent pas de matériel particulier. C’est à dire essentiellement vers la course à pied. Le légendaire coureur éthiopien Abebe Bikila avait marqué les esprits, en 1932, à Rome (Italie), lorsqu’il a remporté le marathon en courant les pieds nus. Aujourd’hui encore, de nombreux coureurs d’Afrique australe expliquent leur succès par l’obligation , étant jeunes, de marcher ou courir longtemps pour se rendre à l’école… Sur les 35 médailles grappillées par les athlètes africains en 2000, seules six l’ont été dans des disciplines qui n’appartiennent pas à l’athlétisme. Et seules trois ont été obtenues en athlétisme hors épreuves de course : deux médailles en saut en hauteur et une en lancer du disque.

L’Egypte, premier pays africain à avoir participé à des Jeux olympiques, en 1906, à Athènes, avait pourtant diversifié ses disciplines, en inscrivant trois haltérophiles, deux athlètes, un cycliste et un lutteur. Les pays du continent existent par les sports collectifs, mais cela fait seulement deux olympiades que le Nigeria, en 1996, et le Cameroun, en 2000, ont arraché les premières médailles (en or) dans un sport d’équipe. Et non le moindre, puisqu’il s’agit du football. L’Egypte, l’Algérie ou le Maroc ont toujours honorablement représenté le continent dans le tournoi de handball, mais ils ont dû à ce jour se contenter des places d’honneur, ne parvenant pas à se hisser sur le podium. Tout comme l’Angola, qui brille depuis quatre olympiades en basket, sans néanmoins parvenir à d’accrocher une médaille.

La lutte sénégalaise aux JO…

Absence de moyens financiers ou réelle mauvaise volonté, il n’est pas rare que les athlètes mettent directement en cause leurs dirigeants pour leur mauvaise préparation. Le Cameroun sera représenté à Athènes par huit athlètes, cinq boxeurs, quatre judokas, deux haltérophiles et, pour la première fois, un nageur. Mais les compétiteurs et responsables techniques des fédérations sportives se plaignent depuis un mois des promesses étatiques d’aide à la préparation non tenues, selon le quotidien Mutations. Les deux haltérophiles camerounais, Madeleine Yamechi et Venceslas Dabaya, auraient même été contraints de payer leur préparation. Ce que réfute le directeur ntional des sports , Robert Ndjana, qui assure que tous les athlètes ont été pris en charge par l’Etat camerounais, et ont été envoyés en stage en France ou en Italie.

Autre cause possible de l’insuccès africain aux JO, note Le Messager, l’apport inexistant du continent aux épreuves disputées. La tradition de la lutte en Egypte a permis à ce pays de ramener de nombreuses médailles en lutte gréco-romaine. Ce que les stars sénégalaises, nigérianes, burkinabé ou béninoises de lutte, telle qu’elle est pratiquée en Afrique de l’Ouest, n’ont jamais fait. Alors à quand la lutte sénégalaise (ou lutte africaine) aux côtés de la lutte gréco-romaine ?