L’Africain américain de la photo

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Vous avez sans doute tous vu son travail dans les kiosques à journaux. Les couvertures du magazine Divas c’est lui : Ernest Collins. Cet Africain américain de Chicago, aujourd’hui installé à Paris, a balayé les stéréotypes dont il a été abreuvé, pour découvrir un continent où il se sent chez lui. Il confie à Afrik sa vision de l’Afrique diamétralement opposée à celle qu’entretiennent ses pairs outre-atlantique.

Un Africain américain à Paris. Ernest Collins , photographe de mode, vit en France depuis 13 ans. Un choix professionnel qui l’a amené à travailler, entre autres, avec le magazine Divas dont il a fait la majorité des couvertures. Grâce Decca, Jocelyne Beroard, Cesaria Evora, il a de nombreuses pochettes de disque à son actif. Ses affinités naturelles avec le monde afro l’ont amené à découvrir l’Afrique, un continent dont il n’avait que de grossiers stéréotypes. Cet ancien maquilleur-coiffeur a embrassé une carrière derrière l’objectif par amour de l’image et du beau. Humble et simple, il jette un regard critique lucide sur les différentes barrières culturelles qui existent entre l’Afrique, la France et les Etats-Unis.

Afrik : Vous avez réalisé une dizaine de couvertures pour le magazine Divas et beaucoup de photos sur l’Afrique. Peut-on dire que vous êtes un spécialiste de la mode africaine en France ?

Ernest Collins :
Non. Ça a été un choix personnel. Je l’ai fait parce que j’en avais envie. C’est une question de feeling. Mais je travaille pour plusieurs marques. Pour Divas, je suis là depuis le début de l’aventure. J’ai fait la première couverture et depuis je continue. On ne peut pas vraiment être un spécialiste de la mode africaine dans la mesure où, en France, nous n’avons pas le choix. Il n’y a pas vraiment de marché communautaire. Et pour les défilés classiques, vous ne trouvez qu’une ou deux filles de couleur. Pas plus.

Afrik : Quelle est votre vision esthétique sur la presse afro en France ?

Ernest Collins :
Tous les magazines noirs en France ont un style américain. Ils préfèrent mettre en couverture des artistes américains comme Mary J Blige ou Denzel Washington parce qu’ils estiment que c’est plus vendeur. Pourquoi ne font-ils pas leur propre style ? Ou même un style africain ?

Afrik : Le métier est-il différent entre la France et les Etats-Unis ?

Ernest Collins :
En France, nous avons plus la possibilité d’explorer notre imagination, alors qu’aux Etats-Unis, nous n’avons pas de marge de manœuvre. Nous sommes obligés de suivre précisément les directives du directeur artistique pour lequel nous travaillons.

Afrik : Y a-t-il un style Ernest Collins ?

Ernest Collins :
J’ai un style assez pudique, jamais vulgaire. Je n’aime pas photographier des filles par trop sexy. Même si les corps sont nus, on ne voit pas tout. J’aime à donner aux filles une certaine dignité. Dans leurs poses, dans leurs regards, leurs attitudes, je fais ressortir toute leur fierté.

Afrik : Le fait que vous soyez américain et que vous fassiez toutes les couvertures de Divas ne vous nuit-il pas, car d’aucuns pourraient penser que vous êtes inaccessible ?

Ernest Collins :
Beaucoup de personnes pensent effectivement d’emblée que je suis trop cher, parce que je travaille avec des stars. Mais ce n’est pas le cas, je suis toujours à la recherche de nouveaux clients.

Afrik : Quel regard portez-vous sur les photographes d’Afrique ?

Ernest Collins :
Il y en a de très talentueux, mais ils n’ont pas le même niveau technique que les photographes occidentaux parce qu’ils ne bénéficient pas du même niveau d’équipement. Ceci dit, il y a vraiment de bons photographes sur le continent, mais ils ne bénéficient pas de la même exposition que nous autres. Et c’est pareil pour les mannequins. Il y a un potentiel qui n’est malheureusement pas exploité.

Afrik : Vous avez été plusieurs fois au Sénégal et Cameroun. Quelle image aviez-vous, au départ, du continent ?

Ernest Collins :
La première fois que je suis allé en Afrique, ce n’était absolument pas comme je l’imaginais. L’Afrique m’a surpris. J’imaginais les gens qui vivaient dans les villages, j’imaginais une Afrique plus sauvage. Ce n’était pas le cas. En fait c’est comme partout. Il y a une partie rurale et une partie urbaine.

Afrik : Que retirez-vous de vos périples en Afrique ?

Ernest Collins :
C’est aux Etats-Unis que je prends conscience que je suis noir. Aux Etats-Unis, vous êtes enfermés dans votre communauté. Ce qui est très frustrant et très restrictif. Car je me retrouve confronté aux clivages communautaires. Ma négritude, je ne la ressens pas en Afrique. Je la vis naturellement. J’ai développé un grand amour du continent. J’ai déjà voyagé au Sénégal et trois fois au Cameroun. Mais la troisième fois, j’y suis venu seul et par mes propres moyens pour travailler.

Afrik : Quelle image les Africains-américains ont-ils de l’Afrique ?

Ernest Collins :
La même que moi au départ. Ils voient l’Afrique à travers des stéréotypes. Nous connaissons un peu l’Afrique du Sud, mais nous n’entendons pas parler du reste de l’Afrique.

Afrik : Pouvez-vous avoir un véritable dialogue avec les Afro-américains à propos de l’Afrique ?

Ernest Collins :
Les Américains ont une mauvaise image de l’Afrique. Ils ne connaissent du continent que ce qu’ils lisent dans les magazines ou voient à la télé. L’Afrique est donc synonyme de guerre, de famine et de maladie. Quand je suis parti en Afrique, beaucoup se sont demandés ce que je pouvais bien aller y faire. Mais, comme j’y suis parti plusieurs fois et que je leur en parle, je contribue à changer leur image.

 Ernest Collins

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