L’AFP en Afrique

Les informations de l’Agence France-Presse (AFP) sont reçues comme parole d’évangile. Dans des contextes nationaux souvent délicats, comment travaille-t-elle en Afrique pour garantir la fiabilité de son travail? Réponse des intéressés.

 » Si l’AFP l’a dit, c’est que c’est vrai « . Nous pourrions, en ces termes, qualifier toute la portée du travail de l’Agence France-Presse (AFP). Elle est l’une des plus grandes sources internationales d’informations. Cette immense rédaction sans bouclage tourne sans cesse pour produire quelques 10 000 dépêches/jours dont plus de 200 exclusivement sur l’Afrique, le fil le moins alimenté de l’agence. La fiabilité de l’AFP est rarement mise en doute. Un tour de force si l’on considère les environnements souvent pour le moins difficiles où les journalistes doivent évoluer. Pour cerner le fonctionnement, en Afrique, de la plus vieille agence de presse au monde*, Afrik.com a rencontré, au siège, Philippe Sauvagnargues, rédacteur en chef du bureau- Europe Afrique et son adjointe Michèle Léridon.

Afrik.com : Comment est organisée l’AFP en Afrique ?

Michèle Léridon : Nous avons onze directions régionales en Afrique et un réseau de stringers (correspondants ndlr) sur tout le continent. En tout, une centaine de personnes travaillent pour produire de l’information. Une cinquantaine dans nos grands bureaux régionaux et un correspondant dans pratiquement chaque pays. Tout est centralisé ici à Paris. C’est d’ici que les informations sont dispatchées vers nos différents clients. Sur place, nos stringers font remonter les informations à l’une des directions régionales qui enverra tout, elle, au siège à Paris.

Afrik : Dans un contexte où de nombreux régimes tendent à cadenasser l’information, comment pouvez-vous travailler en toute indépendance en Afrique ?

Philippe Sauvagnargues : Il s’agit juste de faire attention. Il n’y a aucune censure de notre part, mais il faut savoir jusqu’où on peut aller. Evidemment nous subissons des pressions, gouvernementales ou diplomatiques, comme par exemple certaines réactions éthiopiennes suite à notre travail sur l’Erythrée. Mais c’est un jeu où chacun a besoin de l’autre. Pour servir leurs intérêts, certains contacts peuvent pratiquer l’intox, c’est à nos journalistes de ne pas se faire piéger. En aucun cas nous ne sommes inféodés aux pouvoirs. Lorsque l’on dérange vraiment, la dernière limite pour les Etats reste l’expulsion (le 3 novembre 2000, le Maroc décidait d’expulser le directeur du bureau de l’AFP à Rabat, ndlr).

Afrik : Comment travaillez-vous à la fiabilité de vos informations ?

P.S : Nous ne travaillons qu’avec des sources identifiées. Nous travaillons dans le factuel, la matière première de l’information. L’AFP ne peut pas se permettre, comme dans les médias classiques, de parler au conditionnel. Le problème de la source est capital. Par exemple, durant les récents événements en Côte d’Ivoire, beaucoup de rumeurs circulaient. Nous ne pouvions nous en faire écho. Une personne de chez nous se rendait donc sur place pour témoigner de la situation. Après seulement nous pouvions lancer des informations vérifiées par nos soins.

*L’AFP a été créée par Charles Louis Havas en 1835