L’affaire Gana Guèye débouche sur une bataille de Fédérations

Gana Guèye
Idrissa Gana Guèye

La Fédération sénégalaise de football, en plus de soutenir la position d’Idrissa Gana Guèye, international sénégalais par ailleurs pensionnaire du club français, Paris Saint-Germain, a sonné la charge contre l’instance dirigeante du football français. Les autorités du football sénégalais demandent des explications à leurs homologuent français et menacent.

Cette affaire fait grand bruit au Sénégal et ailleurs. Une indignation de part et d’autres. Si au Sénégal, les populations s’indignent de voir que la liberté du joueur est bafouée, ailleurs comme en France, il est reproché au joueur de ne pas avoir participé à la lutte contre la discrimination. Samedi dernier, le milieu de terrain du Paris Saint-Germain a, en effet, refusé de prendre part au match contre Montpellier. L’international sénégalais a dit ne pas souhaiter s’afficher avec un maillot aux couleurs LGBT. Gana Guèye est depuis, sous le feu des critiques, notamment en France.

Après que le joueur ait reçu le soutien du Président sénégalais, qui appelle à respecter les convictions religieuses, la Fédération française de football a sonné la charge. «De deux choses l’une, soit ces supputations sont infondées et nous vous invitons sans délai à vous exprimer afin de faire taire ces rumeurs. (…)  Soit ces rumeurs sont exactes. Dans ce cas, nous vous demandons de prendre conscience de la portée de votre geste et de la très grave erreur commise», a indiqué le conseil national de l’Ethique de la Fédération française de football dans une correspondance adressée au joueur.

Un courrier jugé déplacé par la Fédération sénégalaise de football, qui pointe des manquements dans la demande d’explication de la FFF, insistant que «s’il est difficile de trouver les bases légales, statutaires ou réglementaires d’une telle démarche dans les textes du Football ou du sport en général, sa finalité est par contre claire : contraindre le joueur à faire ce que son libre arbitre ne l’incline à faire». Et de se demander «Est-on vraiment dans cette France que l’on nous avait contée et racontée dans nos écoles, celle qui a comme devise la liberté, la fraternité et de l’égalité pour tous ?».

«Comment une instance qui prétend promouvoir l’éthique dans le Football peut se fonder sur des supputations pour s’adresser à une personne pour lui enjoindre de s’exprimer et pire encore de s’afficher avec le maillot aux couleurs LGBTQI+ pour mettre fin aux dites supputations ? Cela ne rappelle-t-il pas ces pratiques d’un autre temps dans les salles de classes des écoles où pour punir l’élève « insoumis », le maître ou le professeur le mettait au supplice de l’humiliation devant ses autres camarades de classe pour la sanction comme pour l’exemple ?», se demande Me Augustin Senghor, dans sa lettre.

Et la Fédération de rappeler : « il est un principe élémentaire en droit qui dit que nul ne peut être tenu à apporter la preuve d’un fait négatif. Pourquoi ledit Conseil national d’éthique n’a-t-il pas commencé par demander aux médias français qui ont porté l’accusation d’apporter la preuve de leurs allégations ? Mieux, pourquoi ne s’est-elle pas adressée au club du joueur qui a communiqué sur les raisons de la non-participation d’Idrissa Gana Guèye au match de la polémique ?».

«Nous devons tous nous sentir concernés par toutes les discriminations et pas seulement celles qui nous touchent personnellement»

Pour les autorités du football sénégalais, «la tournure de la correspondance est d’autant plus inquiétante en ce qui concerne le respect des droits élémentaires du joueur Idrissa Gana Guèye qu’on y lit cette phrase qui sonne comme une sentence comminatoire sans jugement préalable : « en ne participant pas à cette opération, vous validez le comportement discriminatoire, le refus de l’autre et pas seulement de la communauté LGBTQI+ ». La suite est sans commentaire car elle traduit en elle-même toute la dimension des préjugés de l’auteur de cette lettre éthique : «Nous devons tous nous sentir concernés par toutes les discriminations et pas seulement celles qui nous touchent personnellement».

«Manifestement et inconsciemment, au moment d’écrire sa lettre, le sieur Patrick Anton n’a pas pu s’empêcher de mettre en lien la situation qu’il décrit ou déplore avec la couleur (ou la religion) de Mr Idrissa Gana Guèye. Ce faisant, s’est-il rendu compte qu’il est en train de stigmatiser le dit joueur en le classant d’emblée et sans son avis dans la catégorie des personnes discriminées ? Ainsi se présente toute la problématique des libertés de nos jours, elles ne sont plus universelles : il y a celles que l’on promeut, voire impose, même au forceps s’il le faut, d’autres pour lesquels on détourne la tête et qui ne bénéficieront jamais d’une journée de championnat dédiée malheureusement», déplore la Fédération sénégalaise.

Me Augustin Senghor est formel : «s’il y a quelqu’un qui doit clarifier sa situation ou faire amende honorable, ce n’est point Idrissa Gana Guèye mais bien Mr Patrice Anton du Conseil National d’éthique de la FFF qui non content de chercher de la fumée là il n y a point de feu est pris en flagrant délit de menaces voilées et de propos discriminatoires à l’encontre d’un joueur professionnel dont le seul tort est de ne pas avoir joué un match de championnat, ce qui au demeurant jusqu’à plus ample informer est un fait courant et ne concerne que les relations entre ce dernier et son club employeur».

«La Fédération Sénégalaise de Football se voit obligée dans de telles circonstances et sans préjudicier en aucune manière aux règles qui régissent le Football dans une association sœur, d’exprimer toute sa solidarité au joueur Idrissa Gana Guèye, membre de l’équipe nationale du Sénégal et dont elle peut témoigner des qualités humaines exceptionnelles et de son sens poussé du respect de l’autre sans concession sur le respect qu’on lui doit lui-même en tant que personne jouissant d’une totale liberté de conscience. Elle se réserve également le droit de saisir les instances internationales compétentes dans le domaine du sport ou en matière de droits de l’Homme pour que ce qui ressemble à un harcèlement institutionnalisé cesse», conclut le patron du football sénégalais.

A lire : Sénégal : affaire Gana Gueye, suite et pas fin