L’adieu à Edith

Plus de 5 000 personnes se sont rendues samedi aux obsèques d’Edith Lefel en l’église Saint-Sulpice à Paris. Recueillement et émotion pour toute la communauté afro-caraïbéenne venue enterrer la star du zouk emportée par une crise cardiaque à 39 ans. Reportage.

Paris, Eglise Saint-Sulpice, 10 heures du matin. La température flirte avec le zéro. Une foule, compacte, immobile, silencieuse, écoute, dehors, la messe en l’honneur d’Edith Lefel, l’une des grandes figures du zouk, terrassée il y a une semaine par une crise cardiaque. Quelques jours après la sortie de son dernier album. Elle avait 39 ans. L’église est pleine. Plus de 2 000 personnes. La messe est retransmise par hauts parleurs à l’extérieur pour les milliers d’anonymes venus rendre un dernier hommage à la chanteuse.

Ils sont Guyanais, comme Edith, Martiniquais, Guadeloupéens, Réunionnais ou Africains. La communauté afro-caraïbéenne est venue enterrer une des leurs. Un corbillard attend sur le parvis de l’église. Il attend sa passagère pour la conduire vers son ultime demeure. Le cimetière du Père-Lachaise. Ils sont des milliers massés devant des les grilles du périmètre installé autour du service funéraire.

Témoignages d’amour

Ils sont venus en famille, en couple ou seuls, souvent sur leur 31. Ils ne l’ont côtoyé qu’à travers sa musique. Mais ils ont tenu à être là, dans le froid, pour honorer la mémoire d’Edith.  » Je ne la connaissais pas personnellement « , explique Alphonse, Guadeloupéen, la quarantaine, le visage fermé,  » mais c’est une femme que j’adorais. Elle était simple et naturelle dans ses chansons. Elle était un modèle d’humilité pour nous tous « .

L’office est assuré par l’aumônerie Antilles-Guyanne, certains chants sont en créoles, rythmés par les sons profonds des tambours. La chorale est assurée par un groupe de gospel, musique de l’âme, musique du coeur. Juché sur un plot de béton Frédéric n’a même pas 20 ans. Bonnet au ras des sourcils, immense doudoune camouflage et jeans extra-large, il est venu avec son copain Christian, à peine plus âgé.  » Je suis là pour donner de la force à sa famille. C’est une chanteuse que j’admire beaucoup « , nous confie-t-il avec son accent des îles.

Réflexe communautaire

 » Je ne suis pas allée travailler pour venir aux obsèques « , témoigne Pierrette, une Martiniquaise d’une soixantaine d’année.  » Elle avait un coeur très beau. C’était une soeur pour nous. Une femme honnête et sincère. Elle ne nous a jamais trahis.  » L’émotion est trop forte. Pierrette craque et éclate en sanglots. Une femme la rassure :  » Ça va aller, ça va aller « . Puis la discussion s’engage. Les langues se délient. Pas simplement pour confier leur peine.

 » Ça fait chaud au coeur de voir la communauté se mobiliser de la sorte. Espérons que le mouvement de solidarité ne soit pas éphémère. Si nous nous mobilisons aujourd’hui dans la douleur, j’espère qu’on saura le faire pour d’autres choses. C’est important pour l’avenir « , témoigne Bernadette, une Antillaise de 40 ans.  » Ils n’en n’ont même pas parlé à la télé, c’est une honte « , s’emporte Christiane.  » J’ai été choquée de la façon tellement anecdotique dont Patrick Poivre d’Arvor (présentateur vedette du journal de 20 heures, ndlr) nous a annoncé la nouvelle de sa mort. Alors qu’elle est l’une des figures de la communauté.  » Beaucoup de têtes acquiescent.  » La mobilisation d’aujourd’hui est une leçon pour les médias français « , renchérit Christiane.

Dernier bain de foule

La messe est finie, les portes de l’église s’ouvrent. Le cercueil d’Edith apparaît. Derniers applaudissements. Elle quitte le monde comme elle quitte la scène. Juste derrière, Ronald Rubinel (grand artiste zouk), son ex-mari, les bras sur les épaules de leurs deux fils, des jumeaux d’une douzaine d’années, s’arrête en haut des marches pour adresser de brefs remerciement à la foule. Emotion. Beaucoup resteront impressionnés par le courage des enfants et leur dignité dans la douleur. La communauté et la grande famille de la musique afro-caraïbéennes sont en deuil. Edith n’est plus. Mais restera à jamais dans nos coeurs.

 Lire aussi l’article de RFi.

 La biographie d’Edith Lefel.

 Son dernier album.