Konaré, d’une présidence à l’autre

L’ex-président malien Alpha Oumar Konaré vient d’être élu président de la Commission de l’Union africaine lors du Sommet de Maputo (Mozambique), qui se tient du 10 au 12 juillet. Après le retrait de la candidature de l’Ivoirien Amara Essy lundi dernier, Alpha Oumar Konaré était seul en lice.

Le duel au Sommet n’a pas eu lieu. La quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement présents à Maputo (Mozambique) pour le deuxième Sommet de l’Union africaine (10-12 juillet) ont élu à 35 voix sur 45 l’ancien Président malien Alpha Oumar Konaré président de la Commission de l’UA*.

Ce résultat n’est pas une surprise. En effet, la Côte d’Ivoire avait préféré retirer lundi 7 juillet son candidat Amara Essy. Ce dernier occupait depuis juillet 2001 la présidence de la Commission à titre intérimaire, avec pour mandat de mettre en place les organes clés de la nouvelle organisation née en 2002 comme la Conférence des Chefs d’Etat, le Conseil exécutif, le Comité des représentants permanents et le Conseil de paix et de sécurité. Amer, il a « pris acte de cette décision », se félicitant que « le train du panafricanisme rénové » soit « désormais sur les rails ». C’est la deuxième fois qu’Amara Essy se désiste ainsi. La première concernait l’élection au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (Onu), l’opposant à Kofi Annan. Aujourd’hui, la presse ivoirienne évoque des pressions exercées sur Laurent Gbagbo par certains chefs d’Etat afin que la sous-région aille à Maputo « unie ». RFI fait même allusion à la visite non-officielle d’Alpha Oumar Konaré à Abidjan la semaine dernière…

Privilégier le consensus

Face à Amara Essy, homme de réseaux entrée en diplomatie à 27 ans, l’ex-président malien faisait de toute façon figure de favori depuis le début. L’Afrique du Sud, l’Egypte, la Libye, le Nigeria ou le Sénégal comptant parmi ses alliés de la première heure. Dès son départ du pouvoir en mai 2002, suite à l’élection qui a porté Amadou Toumani Touré à la présidence du Mali, de nombreux diplomates lui prédisaient une retraite bien remplie… « Konaré a l’avantage d’être un ancien chef d’Etat », reconnaissait mercredi soir le Président sénégalais Abdoulaye Wade. L’ancien professeur d’histoire et d’archéologie, qui a dirigé le Mali de 1992 à 2002, a su se tailler une image de démocrate, en Afrique et en Occident où il jouit d’une belle cote de popularité. Des atouts qui ont balayé la candidature d’Amara Essy.

Les chefs d’Etats africains semblent avoir privilégié le consensus à la lutte fratricide entre deux candidats représentant la même région. Ils ont aussi su écouter Alpha Oumar Konaré, déclarant : « Mon panafricanisme ne date pas d’aujourd’hui, je suis prêt à me battre pour mon continent ». Celui-ci, qui devrait entrer en fonction en septembre prochain, aura quatre ans** pour concrétiser les promesses de l’UA et mettre en place ses institutions dont aucune n’est opérationnelle pour le moment.

*Lors de ce Sommet, les chefs d’Etats et de gouvernement ont également élu un vice-président, le Rwandais Patrick Mazimpaka. Huit commissaires issus des cinq régions du continent seront également élus.

**Alors que la présidence de l’UA change chaque année (le Sud-africain Thabo Mbeki doit passer la main au Mozambicain Joachim Chissano), celle de la Commission (l’organe exécutif de l’UA) dure quatre ans. Le président de la Commission est chargé de mettre en œuvre les décisions de l’organisation panafricaine, il en est le représentant et le comptable.