Kinshasa interdit la production de sacs plastique

Le gouverneur de Kinshasa a décidé, par le biais d’un arrêt, d’interdire la production de sachets plastique. La mesure, qui devrait entrer en vigueur dès le 30 mai prochain, est destinée à préserver la santé des Kinois, l’environnement et l’urbanisme. Précisions de Jean Kimbunda, l’auteur de la mesure.

Sachets plastique, votre dernière heure a sonné. La production de ces contenants sera interdite à Kinshasa à partir du 30 mai prochain, suite à un arrêt du gouverneur de la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC). Par cette mesure, Jean Kimbunda a voulu assurer la sécurité sanitaire des Kinois, mais aussi protéger l’environnement et les installations urbaines. Il revient pour Afrik.com sur les raisons de son initiative et sur la façon dont elle sera appliquée.

Afrik.com : Quelle proportion des déchets représente le plastique à Kinshasa ?

Jean Kimbunda :
La ville de Kinshasa compte 10 millions d’habitants sur une surface de 10 000 km2, dont 2 500 bâtis. Et la production de déchets s’élève à 5 000 tonnes de déchets par jour. En terme de segmentation des déchets, 70% sont des déchets biodégradables, 20% sont des plastiques et 10% sont métalliques et proviennent des hôpitaux. Le plastique est donc un problème de fond.

Afrik.com : Quels problèmes posent les sachets plastiques à Kinshasa ?

Jean Kimbunda :
Nous avons tenu compte du contexte environnemental de Kinshasa. Des sachets plastique couvrent toute la longueur des accotements, des rues et des chaussées. Des sachets plastique se sont enfouis dans le sol pendant des années, si bien qu’ils ont créé une couche imperméable à l’eau. Donc, lorsqu’il pleut, l’eau ne peut pas pénétrer dans le sol et stagne sur les routes. Par ailleurs, au fil du temps, quelque que soient les réparations effectuées sur les routes, il y a toujours des nids de poule sur les chaussées dus aux sachets sous terre. Par ailleurs, les sachets remplissent les caniveaux, qui débordent lorsqu’il pleut. Du coup, l’eau sale s’écoule jusque dans la rivière, où les enfants se baignent. Et ces problèmes s’accentuent parce que nous avons accepté le développement d’industries qui construisent des sachets plastique. Il était temps que tout cela s’arrête.

Afrik.com : Et en ce qui concerne les problèmes sanitaires ?

Jean Kimbunda :
Les déchets dans l’ensemble peuvent véhiculer des maladies, mais le problème des sachets en plastique se pose avec beaucoup d’acuité et, si on ne prend pas garde, il y aura des problèmes de santé importants, et notamment le développement des maladies endémiques ou épidémiologiques. Il y a un grand danger à cause des enfants des rues qui ont développé un nouveau commerce grâce aux sachets plastique : alors que des usines vendent de l’eau en sachet, eux prennent de l’eau usée du robinet qu’ils conditionnent dans des sachets impropres à la consommation (60% de la population n’a pas accès à l’eau potable) pour ensuite les vendre.

Afrik.com : C’est pour palier ces problèmes que vous avez décidé d’interdire la production de sachets plastique…

Jean Kimbunda :
Oui. Nous avons fixé une période pendant laquelle une commission mixte du gouvernement (composée des ministres de l’Industrie et des Petites et Moyennes Entreprises, du Plan, de l’Economie et des finances et de l’hôtel de ville de Kinshasa) travaillera avec les industries pour établir leur reconversion. Elles peuvent effet recycler les sachets pour faire des poubelles, notamment. Nous avons d’ailleurs discuté avec les responsables des usines en ce qui concerne la reprise des stocks de sachets déjà existants. Nous avons expliqué qu’il serait bien qu’ils produisent des poubelles plus grandes, qui permettraient à la ville et aux clients de les acheter pour renforcer le système de collecte des ordures. Avec le concours du ministère du Plan, les industries seront exonérées des équipements additionnels nécessaires à leur reconversion. La reconversion doit être terminée le 30 mai prochain.

Afrik.com : Avez-vous eu d’autres initiatives pour palier les problèmes causés par les sachets ?

Jean Kimbunda :
Nous avons tout un programme d’aménagement des trottoirs et de reconstruction des caniveaux, pour permettre la circulation normale des eaux. Nous avons commencé à sensibiliser la population en amont depuis déjà quelques années. Mais il faut amplifier notre action en mettant à contribution les ONG (organisations non gouvernementales, ndlr) travaillant sur l’environnement pour qu’il y ait une plus grande prise de conscience du problème et une organisation de masse pour y faire face. Les gens doivent comprendre que leur comportement est nuisible à leur santé.

Afrik.com : Aviez-vous déjà discuté avec les producteurs de sachets avant de prendre votre décision ?

Jean Kimbunda :
Nous avons déjà échangé plusieurs fois avec les entreprises. Nous leur avons proposé de ramasser les déchets plastiques, mais ils n’ont rien fait. Ils n’appliquent pas le principe du pollueur-payeur. C’était la seule solution.

Afrik.com : Votre mesure n’est-elle pas jugée radicale ?

Jean Kimbunda :
Elle l’est. Mais nous pensons que notre pays mérite une loi forte. Quitte à taper du poing sur la table. Lorsque nous avons retiré, de juillet à décembre derniers, les kiosques et les paillotes sur les artères de Kinshasa, les gens ont critiqué la décision. Mais ils ont fini par l’apprécier et en ont vu les avantages. Alors, même si l’interdiction des sachets est jugée radicale, dans deux ou trois mois, elle sera acceptée.

Afrik.com : Combien d’industries sont concernées par cette mesure ?

Jean Kimbunda :
Kinshasa compte dix-sept usines, dont le personnel varie entre 20 et 30 personnes. Pour la plupart de ces industries, la production de sachets plastique n’était pas le principal produit fabriqué. La lutte va surtout concerner les petits producteurs qui ont tout le matériel nécessaire derrière leur véhicule pour fabriquer rapidement des sachets. Ce sont des fabriquants ambulants qui vendent ou livrent les sacs.

Afrik.com : Les petits producteurs auront-ils aussi droit à une formation de reconversion ?

Jean Kimbunda :
Non. C’est à eux de se reconvertir dans d’autres formes d’emballage. Ils sont au courant qu’ils doivent le faire car le ministre de l’Industrie et des Petites et Moyennes Entreprises leur a écrit pour le leur signaler.

Afrik.com : Comment expliquer la présence de fabriquants ambulants de sachets plastique ?

Jean Kimbunda :
Les investissements que font les fabriquants ambulants pour obtenir une machine ne sont pas importants et les revenus qu’ils tirent de la vente sont suffisamment substantiels pour que le système se pérennise et devienne une source de préoccupation.

Afrik.com : Que se passera-t-il si le 30 mai prochain les autorités de la ville surprennent des producteurs de sachets ?

Jean Kimbunda :
Une série de sanctions est prévue pour les usagers et les producteurs de sachets plastique. Les sanctions iront d’un jour à trois mois de prison et les amendes iront d’un à 10 000 dollars, selon l’importance de l’industrie. L’application pourra cumuler et une peine de prison et une amende. Les plus élevées concernent les industries qui, en cas de récidive, seront saisies de leurs équipements.

Afrik.com : Quelle alternative proposez-vous aux gens qui conditionnaient les aliments ou autres dans des sachets ?

Jean Kimbunda :
L’utilisation du sachet s’est rapidement développée à Kinshasa. Mais, avant, on utilisait d’autres conditionnements. Nous avons interdit les sachets en plastiques, qui ne sont pas biodégradables, mais pas le plastique. Conserver ses aliments dans des bacs en plastique ne pose donc pas de problème. Par ailleurs, il est possible d’emballer les aliments avec du papier. C’est la société qui a créé une habitude concernant l’usage du sachet plastique. Et il faut qu’elle change.

Afrik.com : La mesure d’interdiction est-elle définitive ?

Jean Kimbunda :
Tant que nous n’aurons pas de système efficace pour récupérer les sachets, nous serons obligés de les interdire.

Afrik.com : Comment allez-vous contrôler la bonne application de l’arrêt ?

Jean Kimbunda :
La brigade urbaine et la police se chargeront de surveiller les usines. Dès le premier juin, des contrôles commenceront.

Afrik.com : Votre initiative a-t-elle fait des émules ?

Jean Kimbunda :
Je ne sais pas. Mais l’initiative existe déjà à Lumumbashi (province du Katanga, Sud-Est, ndlr), où on n’utilise pas de sachets dans la ville. Ce n’est tout simplement pas dans leur culture. C’est un bon exemple. S’ils ont pu le faire pour 1,5 à 2 millions d’habitants, on peut le faire à Kinshasa avec 10 millions. Kinshasa n’est pas née dans les sachets en plastique.

Afrik.com : La collecte des déchets en général est problématique. Comment se déroule-t-elle ?

Jean Kimbunda :
Chaque commune est dirigée par un bourgmestre chargé d’assurer la salubrité au quotidien. C’est lui qui désigne les endroits qui serviront de poubelles publiques et où les gens jetteront leurs déchets. Mais jusque-là, ce système n’est pas bien organisé. Et organiser la collecte des ordures va prendre du temps, des moyens et des énergies. Notre première approche a été de développer un nombre important de poubelles, mais le coût était très élevé. Il faut 2 500 poubelles de 10 m2 pour couvrir toute la ville et régler complètement le problème des déchets. Mais chacune d’entre elles vaut entre 5 000 et 6 000 dollars. Si nous l’avions fait tout le budget de Kinshasa aurait été englouti.

Afrik.com : Après les paillotes, les kiosques et les sachets plastique, avez-vous un autre combat en prévision ?

Jean Kimbunda :
A partir de demain (mercredi, ndlr), tous les grands panneaux publicitaires de Kinshasa qui pullulent sur les routes seront retirés, avec l’aide du ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat et de celui des Travaux Publics. Nous voulons vraiment nettoyer la ville.

Lire aussi :

 Les sacs en plastique n’emballent plus Maurice

 Burkina Faso : recycler le plastique pour protéger l’environnement et enrichir les femmes

 Quand le plastique s’emballe

 Trinquer avec un sachet