Kenya : le Royaume-Uni reconnaît que les colons ont torturé des détenus Mau Mau

De 1952 à 1960, les Mau Mau se sont rebellés contre les colons britanniques pour reprendre leurs terres. La répression pour mater la révolte a été sanglante : des dizaines de milliers de Kenyans sont emprisonnés, torturés ou encore agressés sexuellement. Suite à une plainte déposée par trois Kenyans qui affirment avoir été victimes de ces violences, le gouvernement britannique a reconnu, ce mardi, que les colons ont effectivement torturé des détenus.

L’affaire a longtemps été passée sous silence. Mais la BBC rapporte que le Royaume-Uni vient de reconnaitre les crimes commis entre 1952 et 1960 par les troupes coloniales contre des détenus Mau Mau. Ces derniers se sont alors révoltés pour récupérer leurs terres, mais la riposte des Anglais a été sanglante. Des dizaines de milliers de Kényans sont tués, emprisonnés, torturés et battus à mort. Ils ont subi l’enfer. Les gardiens de prisons se sont livrés à de véritables actes de barbarie, castrant les hommes, les agressant sexuellement entraînant parfois la mort.

La reconnaissance par les Britanniques des exactions commises durant cette sombre page de l’histoire est une première. Elle résulte de la plainte déposée par trois Kenyans âgés de plus de 70 ans. Les trois plaignants, auditionnés mardi par les juges de la Haute cour, affirment avoir été violentés par les colons anglais. En 2011, ils ont connu une première victoire dans leur bataille juridique contre le Royaume-Uni : le juge Mcombe avait en effet estimé que leur plainte méritait d’être prise en considération. Si le gouvernement reconnaît les mauvais traitements et actes de tortures commis il y a 50 ans, il refuse toujours d’indemniser les victimes.

Violée avec une bouteille d’eau bouillante

Le trio, Paulo Muoka Nzili, Wambuga Wa Nyingi et Jane Muthoni Mara, avait déjà porté plainte en 2009. Sans succès. La Cour suprême a, en 2011, jugé leur plainte irrecevable. Les trois plaignants n’ont pourtant pas été épargnés par la sanglante répression des Anglais. Paulo Muoka Nzili dit avoir été castré, Wambuga Wa Nyingi roué de coups et Jane Muthoni Mara a été violée avec une bouteille remplie d’eau bouillante. Une quatrième victime, Ndiku Mutwiwa Mutua, avait également porté plainte mais est décédée entre temps.

Wambugu Wa Nyingi, 84 ans, affirme, lui, avoir été arrêté à la veille de Noël 1952. Il travaillait comme conducteur de tracteur et était membre du Kenyan African Union (KAU), un parti politique qui militait pour obtenir davantage de libertés et d’indépendance pour les Kenyans. Wambugu sans avoir jamais prêté serment au mouvement Mau Mau, a été arrêté de nuit par sept officiers blancs qui l’emmenèrent dans un premier camp, sans jugement. Transféré de camps en camps, il est resté captif pendant neuf ans. Il a été agressé à plusieurs reprises, notamment à Hola Camp où onze détenus ont été battus à mort après avoir refusé de creuser leur propre tombe.

Les souvenirs des violences commises sont encore très présents dans la société kenyane. Mais des survivants de cette époque rappellent aussi que la rébellion Mau Mau était violente envers la population et que des exactions ont été commises par des Kenyans eux-mêmes. Plus de cinquante années après, le travail de mémoire n’en est qu’à ses débuts.

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