Kenya : l’eau est si rare que les sinistrés ne cuisinent plus

Pas d’eau pour faire cuire les denrées fournies par l’aide alimentaire. Les habitants du Nord-est du Kenya doivent aujourd’hui faire face à la plus grave sécheresse de ces 20 dernières années dans le pays. Des conflits autour de la gestion de l’eau ont déjà éclaté. Les autorités sont à pied d’œuvre pour construire des nouveaux puits.

Par John Mwaura, correspondant de la PANA

L’eau est devenue une denrée si rare dans la plupart des régions du nord-est du Kenya que certaines familles ne disposent même pas du précieux liquide pour préparer les vivres qu’elles ont obtenus du gouvernement et des organisations caritatives au titre de l’aide alimentaire.

Les journalistes qui accompagnaient lundi le ministre kényan du Développement régional Mohamed Abdi dans sa tournée d’évaluation des efforts d’aide en cours dans le district de Wajir, à la frontière entre le Kenya et la Somalie, ont constaté que la plupart des puits et barrages étaient asséchés.

Cinq mauvaises saisons des pluies

Les paysans sont approvisionnés occasionnellement en eau par des camions-citernes appartenant au gouvernement ou à des sociétés privées, mais cette denrée n’est pas seulement coûteuse. Elle suffit à peine à satisfaire les besoins des résidents et de leur bétail.

Dans le village de Mansa, à 80 km à l’est de Wajir, à environ 600 km au nord de Nairobi, un bassin hydraulique de plus de 300 puits s’est asséché. Ce bassin, dont ont dépendu des générations d’éleveurs et leurs bêtes pour leur approvisionnement en eau, ressemble à un cimetière après cinq mauvaises saisons des pluies.

Halima Ali, qui venait de puiser sa ration quotidienne de 20 litres au niveau d’une citerne souterraine dans une école primaire qu’un camion du gouvernement venait d’alimenter, raconte que les familles sont souvent obligées de ne préparer que du thé pour les enfants, car la cuisson des autres denrées alimentaires nécessite trop d’eau.

« Nous avons de la nourriture à la maison, mais nous ne pouvons la préparer parce que le maïs et les haricots (distribués dans le cadre du programme d’aide contre la famine) nécessitent trop d’eau pour leur préparation », ajoute-t-elle.

Cette mère de six enfants explique également que les vendeurs d’eau profitent de la situation en faisant payer entre 20 et 50 shillings kényans pour un bidon de 20 litres d’eau (1 dollar US = 74 Kshs).

Huit puits en perspective

Les journalistes ont assisté à des scènes où des humains trempaient dans la même mare que leurs bêtes pour boire ou remplir des bidons d’eau à utiliser chez eux.

A Tarbaj Dam, le point de convergence des éleveurs et de leur bétail, à 30 km de là, des milliers de chèvres, moutons et chameaux se disputent les rares réserves d’eau.

Un de ces éleveurs, Abdi Ibrahim, se déclare préoccupé par le fait que cet afflux important d’animaux peut épuiser l’eau plus tôt que prévu. D’ailleurs, il prédit que l’eau viendra à manquer au cours des deux prochaines semaines et alors que les prochaines pluies ne sont pas attendues avant le mois de mars, la communauté se demande où elle
va se déplacer.

Ibrahim est resté stoïque quand on l’a interrogé sur la qualité de l’eau, en déclarant que Dieu les protège en les empêchant de tomber malade pour avoir bu de l’eau contaminée.

Il y a cependant un peu d’espoir pour les villageois avec l’arrivée dans le village, la semaine dernière, d’une tour de forage pour creuser un puits qui devrait permettre un approvisionnement plus régulier.

Guerres de l’eau

Ce puits, qui sera creusé en deux semaines, est l’un des huit qui seront implantés autour du district dans le cadre d’un programme d’urgence qui permettra de doter chacune des quatre circonscriptions de Wajir de deux ouvrages. Le ministre a expliqué que les fonds disponibles ne permettent que de creuser huit puits pour commencer.

Par ailleurs, alors que la sécheresse continue de sévir dans les terres arides du nord du Kenya, un homme a été gravement blessé lundi lorsque deux clans se sont affrontés au niveau d’un point d’eau dans la région de Dadaab, dans le district de Garissa. Le blessé a été traité à l’hôpital de Dadaab avant d’être transféré dans un état critique à l’hôpital provincial de Garissa, à 374 km au nord-est de Nairobi.

Les autorités ont déclaré que l’incident a éclaté quand des membres d’un clan, affirmant que le puits leur appartenait, ont demandé à ceux de l’autre clan d’attendre avec leur bétail. Le commissaire du district de Garissa, John Chege, a confirmé l’incident en indiquant que des membres des forces de sécurité ont été dépêchés dans la région pour prévenir d’autres troubles.

« L’arbitrage du comité local pour la paix a aussi été sollicité dans cette affaire et les deux clans doivent faire preuve de patience l’un envers l’autre, particulièrement à un moment où nous sommes confrontés à la plus grave sécheresse de ces vingt dernières années », a souligné cet officiel.

La tension monte dans la région en raison de la concurrence pour l’eau du puits de Wel Merer alors que la sécheresse continue de faire des ravages dans la plus grande partie du nord du Kenya suite à cinq saisons de pluies irrégulières.

Il y a deux semaines, le commissaire de la province nord-est, Aggrey Mudinyu, a visité la région et ordonné l’arrestation de quatre hommes qui auraient incité un des clans à recourir à la violence. Les éleveurs nomades de la région se déplacent vers les zones où il y a toujours de l’eau suite à l’assèchement de la plupart des eaux de surface et des puits.