Kenya : Kibaki fait de la place à Odinga

Le vote à l’unanimité, mardi, du projet de loi sur le partage du pouvoir entre le président kenyan Mwai Kibaki et son opposant Raila Odinga, représente un pas crucial vers la paix. Il reste aux deux parties à constituer leur gouvernement avant de résoudre les crises politique, ethnique et économique dont souffre le pays depuis des décennies.

Le président Mwai Kibaki va devoir faire un peu de place à son ancien adversaire, Raila Odinga, à la tête de l’Etat kenyan. Mardi, un vote à l’unanimité de 200 parlementaires a rendu légal le projet de loi sur le partage du pouvoir. Les deux hommes avaient préalablement signé un accord, le 28 février dernier, sous l’égide de l’ancien secrétaire général des nations Unies, Koffi Annan. Ils vont maintenant devoir former, ensemble et très rapidement après la promulgation de la loi, un gouvernement de coalition.

Le président et son meilleur ennemi

Le poste de premier ministre, qui devrait revenir à Raila Odinga, a été spécialement conçu pour lui, dans le but d’apaiser la crise politique qui déchire le pays depuis la réélection très contestée du président Kibaki, le 27 décembre dernier. Cette crise a causé la mort de 1 500 personnes et le déplacement de 300 000 autres. Il va falloir remettre le pays en état. Pour l’aider dans ses fonctions (il aura notamment « l’autorité pour coordonner et superviser l’exécution des prérogatives du gouvernement »), Raila Odinga sera flanqué de deux vices-ministres qu’il a choisis dans ses rangs.

La composition du gouvernement s’avère délicate car Odinga souhaite qu’il comprenne autant de membres de son parti, l’ODM (Mouvement démocratique orange), que de membres du parti présidentiel, le PNU (Parti de l’unité national). Il faudra répartir équitablement les sièges sans risquer de déclencher de virulentes oppositions de la part de ceux qui seront écartés du pouvoir. Or, pour le moment, les grands ministères, notamment de l’intérieur, de la défense, des finances ou des affaires étrangères, sont occupés par le PNU.

Le président Mwai Kibabi hésite encore, pour le seconder, entre son actuel ministre de la justice et des affaires constitutionnelles, Martha Karua, à qui il doit le projet de réforme constitutionnel en faveur de la paix, et un homme qui aurait l’avantage politique de pouvoir succéder au président lors des prochaines élections en 2012.

Vers une lente reconstruction

Même si des incertitudes planent encore sur le bon fonctionnement du gouvernement de coalition, les deux dirigeants se montrent optimistes. « Auparavant, nous nous éloignions les uns des autres. Maintenant, nous sommes rassemblés. C’est motif de satisfaction, d’autant que nous allons réussir dans notre entreprise », a affirmé mardi à l’AFP le président Kibaki.

Pourtant il leur restera encore à reconstruire un pays dévasté. Ils ont déjà demandé une aide financière de 400 millions de dollars, mardi, à la communauté internationale. Et ils devront surtout aborder les questions primordiales du partage des terres, de la représentativité des provinces et de la réconciliation des communautés ethniques qui s’entredéchirent depuis des décennies. Raila Odinga propose une conférence sur la question ethnique pour mettre fin aux rancunes intercommunautaires tandis que le président compte faire voter la nouvelle constitution d’ici un an.

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