Kenya : Kibaki et Odinga lancent ensemble un appel à la paix


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A l’ouverture des pourparlers officiels entre pouvoir et opposition, le président kényan Mwai Kibaki et son rival Raila Odinga ont lancé un appel à la paix mardi après-midi, à Nairobi, en présence du médiateur Kofi Annan, au cours d’une cérémonie retransmise en direct à la télévision. Dans la matinée, des hélicoptères de l’armée kényane ont ouvert le feu à Naivasha, une ville située dans la vallée du Rift, où le meurtre d’un député de l’opposition a provoqué de nouveaux affrontements.

« Je suis profondément attristé de voir les Kényans s’affronter violemment les uns les autres sur des sujets qui peuvent être discutés et résolus pacifiquement par le dialogue », a affirmé Mwai Kibaki, en présence de Raila Odinga et du médiateur Kofi Annan, à la tribune d’une annexe du Parlement, à Nairobi. « Je condamne tous les actes de violence dont nous avons été témoins dans le pays. Nous allons à partir de maintenant prendre des mesures sévères contre ceux qui tentent de perturber la paix ou d’utiliser la violence contre les citoyens pacifiques », a-t-il ajouté.

Quant à Raila Odinga, il a affirmé que « le plus urgent » est « de régler les résultats profondément imparfaits de l’élection présidentielle » et a de nouveau réclamé la levée de l’interdiction des manifestations ainsi que des reportages en direct dans les médias. Il a ajouté qu’il fallait définitivement régler les maux qui minent le pays depuis l’indépendance de 1963 : « les inégalités, la corruption et le tribalisme ».

Quelques heures plus tôt, des scènes de violences s’étaient déroulées dans le pays. « La foule est incontrôlable et nous voulons la disperser, c’est pourquoi nous avons eu recours à des hélicoptères », a indiqué un responsable policier à l’AFP. Mardi, trois hélicoptères de l’armée kényane et de la police ont ouvert le feu à Naivasha, dans la vallée du Rift, à la suite des violences suscitées par le meurtre d’un député de l’opposition à Nairobi, la capitale du Kenya.

Un parlementaire de l’opposition tué par balles

Elu député du Mouvement démocratique orange (MDO) de la circonscription d’Embakasi, le 27 décembre dernier, Melitus Mugabe Were a été tué par balles, mardi soir, devant sa maison. « Il semble que cela soit lié aux violences post-électorales, mais l’enquête est en cours », a expliqué un officier de police, sous couvert de l’anonymat, à l’AFP.

M. Were est le premier politicien à mourir dans les affrontements qui ont suivi l’élection présidentielle contestée par Raila Odinga. Le chef de l’opposition a déclaré lors d’un point presse à Nairobi que « ses adversaires politiques », en référence au parti du président sortant Mwai Kibaki, étaient impliqués « dans l’assassinat brutal » du député. Un peu plus tôt, Sami Lone, le porte-parole de l’ODM, avait qualifié la journée de mardi de « jour très sombre » pour le Kenya et avait appelé les partisans au calme. « Ceci est une nouvelle forme de violence, mais nous appelons une nouvelle fois les gens à être pacifiques », a-t-il ajouté.

A l’annonce de la mort du parlementaire, des partisans de l’opposition sont descendus dans les rues de plusieurs villes, notamment à Nakjuru et à Kakamega, dans l’ouest du pays, a rapporté, mardi, un correspondant de l’AFP. Dans la capitale kényane, le bidonville de Kibera, le fief de l’opposition est le théâtre d’affrontements. Au moins quatre personnes ont été tuées mardi à la machette, a mentionné à l’AFP un commandant de police.

Une situation jugée « inacceptable » par Ban ki-moon

Face à cette escalade des troubles, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, en visite au Rwanda, a jugé que la situation au Kenya était « inacceptable ». Il a déclaré mardi, lors d’un point presse, qu’il était « profondément préoccupé » par les affrontements qui ont lieu ces dernières semaines entre la communauté Luos qui soutiennent Raila Odinga et les Kiyukus, les partisans du chef de l’Etat Mwai Kibaki. M. Ki-moon a indiqué qu’il s’entretiendrait de la situation au Kenya avec les deux dirigeants africains lors du sommet de l’UE qui doit débuter jeudi, « pour voir comment l’UE et l’ONU peuvent travailler ensemble » à endiguer la crise.

Parallèlement, M. Annan a esquissé, ce mardi, le cadre des pourparlers entre MM. Kibaki et Odinga, qui doivent selon lui se dérouler en deux étapes. D’abord « sur des mesures et des problèmes de court terme », afin de « tenter de pacifier les campagnes et le pays », puis « se concentrer sur les problèmes de fond ». Il déclaré être confiant « en la possibilité de résoudre ces problèmes d’ici un an (…) et les problèmes politiques immédiats (…) d’ici quatre semaines, voire plus tôt ».

Stéphanie Plasse
LIRE LA BIO
Stéphanie Plasse est une journaliste d'investigation française. Elle a débuté au sein de la rédaction d'Afrik.com de 2007 à 2010 avant de collaborer avec de nombreux médias de référence : Disclose, StreetPress, TV5 Monde Les Jours, mais aussi Slate.fr, Slate Afrique, Rue 89 et Les Inrocks . D'abord spécialisée dans l'actualité africaine, elle s'est ensuite orientée vers les enquêtes et reportages de société en France, avec un engagement particulier pour les questions de handicap et de violences sexuelles. Ses investigations sur les discriminations subies par les femmes handicapées et les défaillances dans leur prise en charge par les forces de l'ordre ont contribué à mettre en lumière des réalités trop longtemps invisibilisées.
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