Kawalis Masr : echo de la nouvelle scène musicale égyptienne

L’Egypte bouge et se modernise à grands pas, sa scène musicale aussi. Backstage Productions est une toute jeune maison de production égyptienne (née en 2006) qui veut faire connaître les talents montants du pays. Ce premier volume de la collection « Kawalis Masr » (vol 1, 2008) en propose un aperçu passionnant.

Ce premier volume de la collection Kawalis Masr présente 5 groupes: Ahmed El Sawy nous montre que la tradition de musique égyptienne telle qu’elle fut incarnée par les grands orchestres où tous les instruments jouent à l’unisson, reste vivante. Eskenderella (jeu de mots entre « Alexandrie » et « Cendrillon », très proches en arabe ») propose, sur un rythme militaire, et un accompagnement nerveux de ‘oud, une chanson aux paroles codées : « Ils ont tué la lune/Avec une mitraillette/La pluie est tombée sur la fleur rouge »: on sait que la parole se libère, timidement, en Egypte, et que les premières manifestations d’opposition voient le jour … »Wost el Balad » (traduction: « Centre-ville »), avec le titre Mawlay (Seigneur) nous offre une réinterprétation moderne du chant soufi, qui s’élève tel une longue plainte, et dont les techniques vocales s’apparentent à celles de la psalmodie du Coran (les long mmmm tenus sur une longue note, les longues vocalises sur une voyelle, et le chant un peu nasal). L’adjonction des guitares électriques à ce chant ancestral, sur des paroles aussi ambigües que celles du gospel (« tout est pour toi, mon cœur, mon âme, mon corps… ») démontre plus éloquemment que tout, que l’intrusion de la modernité en Egypte n’a pas tué la spiritualité…

« Flamenca », comme son nom l’indique, nous propose un titre tout latino, où les rythmes salsa côtoient un violon-jazz, une guitare espagnole, un piano cool, et… les mélodies orientales bien sûr, dans une composition très réussie, et qui aurait pu aussi bien voir le jour par des artistes de jazz de Paris, New York ou Rio… Mais déjà, en chantant des tangos en arabe dans les années 40, le grand Abdel Wahab faisait de la « world music » et de la « fusion » avant la lettre: la mondialisation ne date pas d’hier ! .

Notre coup de cœur va à la chanson Oghneya masriyya (Une chanson égyptienne », du groupe Step by step, parce qu’elle exprime parfaitement la bonne humeur et la nouvelle liberté de la jeunesse égyptienne: « Wost el balad/ wa kobri Kasr el Nil/bent wou walad (…) Agmal ouyoun/ wou rihat el yansoun…. » : « Au centre-ville, sur le pont Kasr el Nil, un garçon et une fille (…) les plus beaux yeux, et le parfum de l’anis… »): si leurs aînés chantaient l’amour impossible, déçu, ou triste, les jeunes Egyptiens d’aujourd’hui chantent leurs amours au grand jour, sur la corniche du Nil et ses ponts qui sont devenus le rendez-vous de tous les jeunes amoureux. Mais la tradition poétique ancienne est toujours là, avec des images telles que « les plus beaux yeux » ou « belle comme la lune », pour chanter ces amours plus joyeuses que les anciennes. Une chanson très entraînante, qui devrait faire un hit en Egypte, et au total, cinq groupes à suivre de près… Le CD n’est pas encore distribué en France: avis aux professionnels…

KAWALIS MASR, vol1, Backstage Productions

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