Kadhafi fait marcher l’Europe

Tripoli a libéré lundi l’homme d’affaires suisse Max Göldi, retenu depuis juillet 2008 en Libye, suite à l’arrestation d’Hannibal, fils de Mouammar Kadhafi. Le Guide menace d’ouvrir les frontières de son pays aux migrants africains en route pour l’Europe si la Communauté européenne ne finance pas la sécurisation de ses frontières.

Fin du « kidnapping » en Libye pour l’homme d’affaires suisse Max Göldi. Retenu à Tripoli en lien avec l’affaire Hannibal Kadhafi, celui-ci est arrivé dans la nuit de dimanche à lundi à l’aéroport de Zurich, après une captivité de près de deux ans. En juillet 2008, Max Göldi et son compatriote Rachid Hamdani, avaient été arrêtés à Tripoli en représailles à l’interpellation quelques jours plus tôt à Genève d’un des fils du dirigeant Moammar Kadhafi, Hannibal Kadhafi, et de son épouse, soupçonnés d’avoir maltraité des domestiques. Les deux Suisses avaient ensuite été condamnés pour séjour irrégulier et activités économiques illégales. En appel, seul Rachid Hamdani avait été blanchi et avait pu regagner la Suisse en février dernier.

Kadhafi ferme le bureau du Haut Commissariat pour les réfugiés

Kadhafi a pris la décision mercredi de fermer le bureau du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) et d’expulser ses 26 employés. Un coup dur pour les 9000 réfugiés, en majorité des Palestiniens, dont il avait la charge.
Silvio Berlusconi a conclu avec Mouammar Kadhafi un traité d’amitié dont l’un des volets organise les flux migratoires. Après cet accord, quelque 850 migrants ont été renvoyés vers la Libye, où ils sont généralement jetés en prison. Sinon, ils sont reconduits vers leur pays d’origine, au mépris de la Convention de Genève qui interdit leur retour vers un pays où leur vie risque d’être mise en danger.

Qualifiée de « kidnapping » par Berne, cette affaire avait profondément envenimé les relations entre la Suisse et la Libye, entraînant de part et d’autre des restrictions de visas. La libération de Max Göldi suit l’accord signé par les deux pays dimanche, ouvrant la voie à la normalisation de leurs relations.

Cependant, c’est l’Union européenne (UE) qui a travers l’Espagne et l’Allemagne a négocié cette normalisation. Et sur ce dossier, l’UE semble avoir une fois de plus cédé aux caprices de Mouammar Kadhafi. En effet, le guide libyen n’a consenti à libérer l’homme d’affaires suisse qu’au terme d’un ballet incessant de diplomates européens à Tripoli, entrecoupé d’actes de contrition des autorités helvétiques. Kadhafi, qui a poussé l’humiliation jusqu’à demander le démantèlement de la Suisse a, en prime, obtenu du Canton de Genève qu’il verse à son fils 1,5 million d’euros d’indemnités pour la publication dans la presse de photos prises pendant son arrestation. Cosigné par l’Espagne et l’Allemagne en tant que garants, l’accord de dimanche prévoit en outre la constitution d’un « tribunal d’arbitrage » international pour enquêter sur les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi.

Cette affaire est loin d’être la seule dans laquelle le président libyen, hier considéré comme un parrain du terrorisme international et déclaré persona non grata en Europe, soumet cette dernière à un véritable chantage. Il monnaie de plus en plus cher la normalisation de ses relations avec les 25. Mouammar Kadhafi menace en effet d’ouvrir les « vannes » migratoires et de laisser entrer des milliers d’immigrants en Europe si la communauté ne finance pas la sécurisation de ses frontières avec le Niger et le Tchad. Alors que la Commission européenne est prête à mettre 20 millions d’euros sur la table, Kadhafi, lui, réclame 5 milliards. Il sait que l’Europe n’y coupera pas : son pays est la principale porte d’entrée vers l’Europe pour les immigrants d’origine africaine. Un à deux millions de ces candidats à l’aventure européenne séjournerait actuellement sur le sol libyen.