Kadhafi enflamme l’Afrique de l’Ouest pour l’Union

La tournée ouest-africaine de Mouammar Kadhafi se transforme peu à peu en grande campagne de mobilisation, pour préparer le Sommet de l’Union Africaine qui a lieu dimanche 1er juillet à Accra, au Ghana. Le guide de la Révolution libyenne entend y faire adopter sa vision d’un Etat africain uni.

Le colonel Mouammar Kadhafi n’aura rien laissé au hasard, dans son itinéraire ouest-africain, qui avait commencé au Mali, le 22 juin dernier, par un entretien avec le président en exercice de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, qui avait annoncé leur accord sur l’organisation du Sommet, laissant au Président gabonais Omar Bongo la responsabilité d’y aborder difficile sujet « du gouvernement de l’Union ».

Vous êtes au paradis, ne cherchez pas à le quitter !

Sitôt le Mali derrière lui, c’est en effet en Guinée qu’il a choisi de fédérer les foules autour d’un discours beaucoup moins diplomatique, à la fois vis-à-vis de ses pairs chefs d’Etat et des pays occidentaux : le discours de Mouammar Kadhafi, prononcé lundi 25 juin dans le grand stade de Conakry devant 50 000 Guinéens venus l’acclamer, appelait en effet à la création des « Etats-Unis d’Afrique », dénonçant avec violence le pacte néo-colonial et l’émigration des jeunes africains vers le Nord : « Je vois devant moi des jeunes qui veulent partir en Europe en passant par la Libye. Pourquoi voulons nous aller en Europe ? Il faut que nous décidions de naître et de mourir dans nos pays… Il faut que tout cela prenne fin grâce à la création des Etats-Unis d’Afrique ». Aux jeunes Guinéens souvent éprouvés par les difficultés économiques que traverse leur pays, et qui l’écoutaient avec ferveur, il a lancé d’une voix forte : « Vous êtes au paradis, ne cherchez pas à le quitter ! ».

En réponse à l’énergie dégagée par le leader libyen, le premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté, a réaffirmé l’aménagement qu’il avait pris quelques jours auparavant lors du Sommet de la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens de Syrte, affirmant que la Guinée était prête à abandonner une partie de sa souveraineté nationale au profit d’une organisation unitaire africaine plus forte.

L’enthousiasme fut d’autant plus grand que Lansana Kouyaté et Mouammar Kadhafi révélèrent également à la foule plusieurs engagements concrets de la Libye pour soutenir l’économie guinéenne : la reprise des activités de l’usine de jus de fruits de Salguidia, par exemple, la mise en place d’une aide à la banque centrale de Guinée, et un soutien direct au fonds d’aide à la jeunesse de 2,5 milliards de francs guinéens, dont Lansana Kouyaté avait annoncé la création par le Président Lansana Conté.

La Côte d’Ivoire à son tour mobilisée

Arrivé mercredi après-midi en Côte d’Ivoire après une étape en Sierra Leone, Mouammar Kadhafi participait mercredi 27 juin au soir à une réunion publique rassemblant plusieurs milliers de personnes dans le quartier populaire de Treichville, à Abidjan, aux côtés du Président ivoirien Laurent Gbagbo et de son Premier Ministre Guillaume Soro.

Appelant à nouveau à la création des « Etats-Unis d’Afrique », Mouammar Kadhafi s’est taillé un franc succès auprès de son public ivoirien en stigmatisant l’attitude des grandes puissances occidentales, dont le « pillage de l’Afrique » « continue de plus belle ». Il a dessiné, aux yeux d’un public d’emblée acquis, l’image d’une Afrique nouvelle, forte de ses différences mais unissant ses forces pour s’équiper, se doter d’infrastructures essentielles, constituer une armée unique… « Nous sommes des hommes libres. L’Afrique est la propriété des Africains !… » a-t-il notamment lancé, suscitant de longues slaves d’applaudissements.

A ses côté, Mouammar Kadhafi a salué la présence réconciliée de « son frère, le révolutionnaire, le Président Gbagbo », et de son « fils Soro », les félicitant d’avoir su « arrêter de faire couler le sang africain » et appelant les jeunes de Côte d’Ivoire à les soutenir.

La tournée ouest-africaine aura donc été l’occasion pour le Guide libyen de légitimer son discours en faveur d’une Afrique authentiquement unie en le confrontant aux aspirations populaires rassemblées autour de lui à chacune de ses étapes. Il sera d’autant plus gonflé d’énergie en arrivant dimanche à Accra, capitale du Ghana, où va se tenir le prochain Sommet de l’Union Africaine, à partir du dimanche 1er juillet.

« Il faut qu’Accra entende cette voix… »

Conclusion de tous ces discours orientés vers la jeunesse d’Afrique et propres à la galvaniser : « Il faut qu’Accra entende cette voix… La décision est dans les mains des peuples africains ! Nous ferons entendre notre voix aux congressistes d’Accra ! »

Il encore trop tôt pour dire si ce discours fédérateur et clairement anti-occidental séduira également tous les chefs d’Etat réunis à Accra à la fin de la semaine.