Juste un mobile pour transférer de l’argent au Kenya

Un projet pilote de transfert d’argent entre la Grande-Bretagne et le Kenya via le téléphone mobile sera lancé dans quelques mois par le groupe Vodafone. Une nouvelle opportunité pour les migrants d’envoyer de l’argent à leurs proches, l’équivalent national de ce service est déjà disponible au Kenya.

Les immigrés kenyans vivant en Grande-Bretagne pourront bientôt envoyer de l’argent à leurs proches en se servant de leur mobile. L’annonce a été faite, le 12 février dernier, par le leader mondial du secteur, la multinationale anglaise Vodafone, et son partenaire, le groupe financier Citigroup. Le service s’appuiera sur un autre qui existe déjà au Kenya et qu’offre Safaricom, l’opérateur de téléphonie mobile kényan détenu à 50% par Vodafone. M-Pesa, c’est son nom, qui veut dire « argent » en swahili, a été officiellement lancé le 6 mars dernier. Une première sur le continent africain. «Les Kenyans s’intéressent véritablement à ce nouveau service. En une quinzaine de jours, plus de 10 000 personnes se sont inscrites pour en bénéficier. », explique Pauline Vaughan, responsable du service M-Pesa.

Un sms pour valider son transfert

Son fonctionnement est simple. Il permet « d’envoyer entre 100 et 35 000 shillings par transaction », poursuit Pauline Vaughan, en se rendant chez un revendeur agréé auprès de qui le client souscrit gratuitement. Ce dernier fait alors paramétrer sa carte sim pour bénéficier du service de transfert d’argent et dépose une somme dont le montant maximal est fixé à 50 000 shillings. Elle lui permettra de créditer son compte virtuel M-Pesa pour effectuer ses transactions.

Le revendeur adopte également la même démarche auprès de Safaricom en procédant à un dépôt bancaire qui lui donnera aussi accès à un compte virtuel M-Pesa. La commission qu’il perçoit pour chaque transaction peut être créditée sur son compte virtuel ou sur son compte bancaire. Ils sont à ce jour trois cents et, selon la responsable de M-Pesa, Safaricom reçoit « chaque semaine plusieurs nouvelles demandes ».

Pour recevoir de l’argent via M-Pesa, il faut y souscrire aussi. Sur une transaction dont le montant est de 2 000 shillings, l’émetteur est débité de 2030 shillings sur son compte M-Pesa – il paie donc le service 30 shillings – et le bénéficiaire, informé par un sms qui comporte un code secret, perçoit 1975 shillings s’il retire la somme chez un revendeur. Il s’acquitte alors de 25 shillings. Autrement, 2 000 shillings peuvent venir alimenter son propre compte. Coût total de la transaction via Safaricom : 55 shillings. Expéditeurs et bénéficiaires doivent toujours être munis de leur pièce d’identité.

Le mobile s’apprête-t-il à révolutionner le transfert transfrontalier d’argent ?

Chez Western Union, le leader du marché des transferts de fonds, il ne faut pas aller trop vite en besogne. Même si la firme américaine conduit aux Etats-Unis un projet pilote similaire à M-Pesa. Il a démarré en mai 2006 et devrait s’achever en juillet de cette année. « Ce système, présente un véritable potentiel que nous étudions avec nos différents partenaires », constate Matt Dill, vice-président de la Global mobility chez Western Union. Mais pour ce qui est du transfert transfrontalier via un mobile, « l’industrie a besoin qu’une masse critique soit atteinte à l’échelle de la planète. »
Un niveau auquel opère la GSM Association, qui rassemble plus de 700 opérateurs de téléphonie mobile dans le monde. Elle lancera prochainement un service pilote similaire à l’initiative kényane avec l’opérateur financier Mastercard. « Nous essayons de mettre en place une plate-forme mondiale, en s’appuyant sur le réseau actuel de Mastercard, qui permettra des transferts transfrontaliers. Plusieurs schémas s’offriront alors aux opérateurs dans chaque pays », explique David Pringle, le porte-parole de l’association. Les Indiens et les Philippins seront les premiers à bénéficier de ce service. Tout comme les Kenyans avec Vodafone.