Julien Mezence, l’amour du free-jazz


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A bientôt 30 ans, Julien Mezence donne un tournant à sa carrière musicale. Après Corrida, un album de cinq titres, le saxophoniste-compositeur franco-congolais est actuellement en pleine « création » avec son ensemble Freak Show Paris. L’album s’annonce aussi savoureux que d’une « allure polie ».

Non, le free-jazz n’est pas un « un mouvement profane, éphémère, trompeur et décevant » ; le free-jazz ne vit pas « un automne de la culture », pour reprendre Nietzsche. « Cela peut paraître bruyant, un vacarme soporifique, mais ça ne l’est pas », clame Julien Mezence. Le free-jazz repose avant tout sur l’improvisation. C’est est un surréalisme. Il convoque, en effet, l’automatisme, l’inconscient, le rêve…

John Coltrane a été celui qui a montré la voix du free-jazz ; c’est lui qui a ouvert l’harmonie et l’improvisation dans la manière d’approcher le Jazz. Depuis, le mouvement a eu des adeptes de renom, tels Cecil Taylor et Ornette Coleman.

Bien sûr, le risque dans cette manière d’aborder le Jazz, c’est de mourir, par exemple se tromper de gamme sans transition. « On n’est jamais sûr de rien, on peut toujours rater une improvisation », rappelle Julien Mezence sans se départir de son sourire débonnaire. Et de poursuivre : « Dans ce cas, on se remet en cause – le free-jazz est une remise en cause perpétuelle. De toute façon, l’œuvre d’art ne naît pas d’une illumination subite, pour paraphraser André Gide. Il faut à la fois de la fulgurance et de la patience, et surtout une compréhension de la relativité des accords ».

Le free-jazz fait difficilement danser, mais cette musique a ceci de remarquable qu’elle « crée un univers, fait en sorte que ça soit très clair et que les gens l’adorent sans difficultés ». Pour son album à venir, Julien Mezence s’évertue à être en accord avec la philosophie du free-jazz. Ce faisant, ses racines africaines aident son inspiration : son subconscient est marqué à jamais par cette musique avec laquelle, enfant, sa mère congolaise le berçait.

La part de l’Afrique

Pas une journée ne passe sans écouter le nigérian Fela Kuti. Des albums comme Black Président, Zombie, Expensive Shit, sont des « livres dont les chapitres s’ouvrent avec des points d’exclamation et finissent avec les points de suspension, indicateurs d’une lecture infinie. La topique des couplets se décline au présent de la passion, parfois au futur immédiat, et toujours au futur utopique. Oui, l’œuvre de Fela est un imparfait du subjonctif, plongeant ses racines dans l’intemporalité de l’imaginaire ».

Fela le complète, le submerge, le transporte. Le tambour d’Afrique et, surtout, la transe, lui donnent une force de création inouïe. « Les rythmes composés, les mesures en cinq-sept ou en six-huit, sont mes tasses de thé », s’extasie le jazz-man. Le saxophoniste côtoie, du reste, quelques acteurs de la Rumba congolaise, parmi lesquels Gloria et Modogo de Viva la Musica, pour s’échanger les idées.

Né d’un père antillais et d’une mère congolaise, cet amoureux du cuivre baigne dans la musique depuis l’année de ses quatre ans. Et pour cause : son père est guitariste de reggae. Après des études au Conservatoire de Villepinte, il travaille avec des jeunes de sa cité pour une fanfare. Puis Julien se lance dans l’inconnu en montant son propre groupe, à la recherche de la rive du bonheur. Le vrai bonheur que procurent les notes du blues. Cette aventure, c’est la promesse d’une vocation – et non d’une passion. Bon voyage dans l’univers insondable du son !

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