JO de Pékin : Wangari Maathai ne portera pas la flamme en Tanzanie

Unique étape de la flamme olympique en Afrique, le relais de Dar es Salaam se fera dimanche sans Wangari Maathai. La militante écologiste veut faire pression sur la Chine sur la question des droits de l’homme au Tibet, en Birmanie, et surtout au Soudan. Selon Wangari Maathai, Pékin « pourrait s’il le voulait améliorer la situation au Darfour ». De nombreuses autres personnalités africaines participeront au relais.

Très bref passage que celui de la flamme olympique en Afrique, où seule la Tanzanie a le privilège d’accueillir la torche, sur son trajet de 137.000 km à travers une vingtaine de pays. Arrivée jeudi à Buenos Aires, elle sera ce week-end dans l’ancienne capitale Dar es Salaam, avant de s’envoler pour Oman. Depuis le lancement en 1936 du parcours du flambeau, ce sera sa troisième escale sur le continent africain, après Le Cap (Afrique du Sud) et Le Caire (Egypte), en 2004.

Samedi, la flamme olympique sera accueillie par le maire de Dar es Salaam, Adam Kimbisa. Le lendemain, environ 80 porteurs se relaieront pour l’acheminer à travers les quartiers historiques de la ville. Mais pas Wangari Maathai, prix Nobel de la paix en 2004. Sollicitée avec d’autres personnalités africaines, la Kényane a annoncé jeudi qu’elle annulait sa participation au relais de la flamme olympique, pour faire pression sur la Chine sur la question des droits de l’homme au Tibet, mais pas seulement…

« L’autre raison réside dans le conflit au Soudan », a-t-elle expliqué. « Nous savons que la Chine a des liens avec le Soudan, elle lui achète beaucoup de pétrole. Si la Chine le voulait, elle pourrait améliorer la situation au Darfour. Chaque fois que les Nations unies veulent faire pression sur le Soudan, la Chine s’interpose et fait blocage. En tant qu’Africaine, je pense qu’il est important de se joindre au reste du monde pour faire pression sur la Chine. »

Un camouflet pour les « Jeux Olympique Verts »

Wangari Maathai a également évoqué la situation en Birmanie. « Le fait que la Chine peut aider à résoudre les problèmes des droits de l’homme dans ce pays constitue également une source de préoccupation pour moi. L’une des autres prix Nobel (de la paix) Aung San Suu Kyi a remporté ce prix mais n’a jamais pu aller le chercher car elle est en résidence surveillée. »

Wangari Maathai a fondé en 1977 le « Mouvement de la ceinture verte », projet qui a permis de planter quelque 30 millions d’arbres pour lutter contre la désertification en Afrique. Son boycott du relais de la flamme olympique est d’autant plus un revers pour les organisateurs que « les olympiades de cette année sont axées sur la préservation de l’environnement, d’où leur nom de « Jeux Olympiques Verts » », comme l’avait expliqué lundi une haute responsable de la firme Coca-Cola, l’un des principaux sponsors des JO. Les athlètes tanzaniens enfoncent le clou : certains d’entre eux non plus ne prendront pas part au relais de Dar es Salaam, selon le journal télévisé de France 2 de vendredi matin.

Outre Wangari Maathai, d’autres personnalités africaines ont été sélectionnées pour porter la flamme : le Kényan Kipchoge Keino, ancien champion olympique du 3000 mètres steeple, l’Ougandaise Dorcus Inzikuru, championne du monde du 3000 mètres steeple, ou encore le Tanzanien Filbert Bayi, recordman mondial du 1500 mètres en 1974 et médaillé d’argent au 3000 mètres haies au JO de Moscou en 1980. Entre le passage express de la flamme en Afrique et la controverse autour de l’implication de Pékin sur le continent, on aurait presque oublié que les pays africains fournissent à l’athlétisme mondial nombre de ses plus grands champions.