Jean-Jacques Ndoudoumou : condamné, il continue de plastronner

Le Directeur général de l’ARMP (Agence de régulation des Marchés publics) s’est vu notifier un arrêté de débet délivré par le Conseil de Discipline Budgétaire et Financier (CDBF). « Avec le très haut accord de Monsieur le président de la République » (sic) indiquait Eyébé Ayissi dès février 2012.

On ne peut pas procéder, n’est-ce pas, à une exécution en règles et ne pas remplacer « instruction » par « accord ». Une chose est acquise, cela nous vient du « très haut ».

Directeur général en dépit de la loi

Aux termes de l’article 15 (2) du décret N°2001/048 du 23 février 2001 portant création de l’Agence de Régulation des Marchés Publics, « le Directeur Général et le Directeur Général Adjoint sont nommés pour un mandat de trois (3) ans renouvelable deux (2) fois.”

On ne peut être DG de cette institution pendant plus de neuf ans ni en être PCA pendant plus de six ans. Les textes sont limpides. Alors tous ceux qui trônent à la tête de l’ARMP sont des « usurpateurs » d’une fonction à laquelle un terme aurait déjà dû être mis depuis longtemps!

Malgré sa légitimité douteuse et l’illégalité manifeste de la fonction qu’il exerce, le 11 juin dernier, le Directeur Général confiait tranquillement au quotidien Le Messager que « la montagne a accouché d’une souris ». C’est-à-dire que le « tapage médiatique » qui a entouré sa convocation par le CDBF était disproportionné par rapport soit aux faits qui lui étaient reprochés, soit aux sanctions qu’il a récoltées.

C’est hallucinant, cette inaptitude à tout esprit autocritique, dénoncé d’ailleurs par le président Biya dans les câbles rendus publics par wikileaks! Peut-être mieux eût-il valu que le Blanc de Mvoutessi se tût. A l’évidence, il s’agit d’une bourde au minimum, d’un manque d’humilité qui n’arrange pas son cas de toute façon.

Sans préjudice des poursuites judiciaires

Des « juristes » de l’ARMP ont amplifié les erreurs de jugement de leur directeur général, en déclarant au Messager que « il n’y a donc rien sur le plan pénal encore moins judiciaire à craindre car (…) on reproche à notre Dg en onze ans non pas des fautes pénales, mais administratives ».

On reconnait là l’esprit des supporters des Lions Indomptables qui, quelles que soient les défaites, continuent de croire que leurs champions sont les meilleurs du monde, qu’ils ne méritent pas leur place dans le classement FIFA et que, sans remise en question et avec des solutions palliatives, l’on atteindra encore les sommets de Italie 90.

La note rendue publique par le ministre Eyébé Ayissi mentionne clairement que, « s’agissant du dossier Armp, les instances judiciaires compétentes ont également été saisies, pour attribution et diligences appropriées, au sujet de certains actes de gestion soumis à examen ». Outre les débets dont l’apurement n’efface absolument pas les fautes commises, des sanctions véritables auraient dû être prononcées, pour pousser la logique d’assainissement jusqu’au bout.

Plus de sept irrégularités et autres fautes de gestion, au nombre desquelles des atteintes à l’ordre public financier bien sûr, mais aussi des recrutements anarchiques et des faits constitutifs de népotisme… Malgré cela, l’on persiste quand même à se servir du revers de sa main : relativiser est un sport dangereux !

Faire amende honorable, c’est savoir se faire petit, surtout quand on est grand

L’ARMP est depuis octobre 1998, et même après la dernière réorganisation gouvernementale du 9 décembre 2011, un organe de la présidence de la République du Cameroun, placé désormais sous la tutelle technique du ministre délégué à la présidence chargé des marchés publics..

Le minconsupe également est un ministère délégué qui dépend de la présidence de la République. S’il s’agissait de broutilles, le fondateur de l’ASMODISA (Association Mondiale pour la Défense des Intérêts et la Solidarité des Albinos) n’aurait jamais été interpellé ou traduit devant le CDBF. Si même, il n’est accusé que de ceci, ce n’est pas tant par ce que ce n’est que ceci qu’on aurait pu mettre à son passif, mais c’est que probablement l’on compte sur son intelligence pour démêler l’écheveau de ses responsabilités avant que, éventuellement, le couperet de la justice judiciaire ne s’abatte sur lui.

Jean-Jacques Ndoudoumou est considéré par Pierre Flambeau Ngayap [[L’opposition au Cameroun : les années de braise, L’Harmattan, 1999]] comme la « mémoire de la Tripartite ». En tant que conseiller technique de Sadou Hayatou, il était « au cœur des négociations stratégiques avec la coordination de l’opposition et c’est lui qui prenait les notes lors des négociations (…) il était donc à la base des déclarations consensuelles. »

Que ce soit à l’international ou dans son propre pays, un homme de cette expérience, major de sa promotion (donc il n’est pas con) à l’ENAM (Ecole des ministres camerounais), un tel homme ne peut pas pointer au FNE (Fonds national de l’Emploi) pendant bien longtemps.
Alors pourquoi s’accrochent-ils systématiquement aux pouvoirs qui leur sont provisoirement octroyés ? Pourquoi ne savent-ils pas se retirer avec élégance, reconnaître leurs fautes, au moins les plus évidentes ? Et quand ils sont convaincus de fautes lourdes, pourquoi permettent-ils à des collaborateurs non préparés d’assurer leur défense dans les medias, au risque de les enfoncer toujours plus avant ? Comme membres de fan-club, lesdits collaborateurs excelleraient, comme porte-parole ils sont « nuls de chez nuls ». Cela commence par le déni, et puis cela finit par force lettres-fleuves surmotivées !

Ceci est un appel au bon sens endormi de certains « éperviables ».