Je vous souhaite la pluie

Un coup de maître pour un coup d’essai. Je vous souhaite la pluie, le premier roman de la journaliste Elizabeth Tchoungui, rafraîchit, fait sourire mais aussi réfléchir. La Franco-Camerounaise illumine une charmante histoire d’amour métisse en jouant avec les mots, les expressions de France et du Cameroun. A découvrir.

Ngazan est une battante qui tire sa force d’une douleur physique et psychologique du passé. Une belle plante cultivée qui a toujours refusé de vendre son corps pour atteinte ses objectifs. C’est surtout ce bout de femme au caractère bien trempé, pleine d’orgueil et de fierté, qui incarne l’héroïne du premier roman de la journaliste Elizabeth Tchoungui, Je vous souhaite la pluie. Un livre qui raconte l’histoire d’amour que va vivre la Camerounaise Ngazan Ella Belinga avec le beau « Frenchie » Alexandre. Un amour qui sera mis à rude épreuve par l’opposition du père de Ngazan et des parents d’Alexandre, qui ne manqueront pas de faire des réflexions du racisme le plus primaire pour justifier leur refus du mariage.

Histoire d’amour, mais aussi d’accomplissement personnel. Car la jeune Ngazan veut être écrivain. Elle a écrit plusieurs nouvelles et termine un roman qu’elle espère bien éditer en France, où elle vit depuis qu’elle a épousé l’homme de sa vie. Elle découvrira combien il est difficile de se faire sa place dans le milieu du livre, rencontrera un éditeur prêt à lire son manuscrit si elle lui accorde ses faveurs… Mais elle ne choisira pas cette option, même si elle semble ouvrir certaines portes. A l’inverse de son amie d’enfance Hortense, cocaïnomane en quête de paillettes vivant aussi en France, qui explique préférer « écarter les cuisses plutôt que de nettoyer la merde des autres ».

L’amour est une affaire de couple

Rien de très original ? Détrompez-vous. Car en écrivant Je vous souhaite la pluie, Elizabeth Tchoungui nous transporte dans l’univers de Rio dos camaroes (l’ancien nom du Cameroun signifiant : Rivière des crevettes) en employant les expressions qui ponctuent le français des personnages. Des expressions que conservera Ngazan une fois en France. Un lexique à la fin du livre présente d’ailleurs les mots dont le sens risque d’échapper au lecteur. Le métissage des langues françaises de l’Hexagone et du Cameroun devient ainsi accessible à tous. C’est peut-être là l’objectif de l’auteur, qui universalise les mots pour véhiculer un message qui l’est tout autant : l’amour n’appartient qu’à ceux qui le vivent et doit être vécu envers et contre tout.

Comme l’explique le Bororo qui les a guidés dans les réserves du Nord Cameroun lors de leur lune de miel : « Tu es blanc, elle est noire, on vous le reprochera sans cesse. Ignorez les vautours, soyez forts et fertiles. Chez nous, les peuples du désert, l’eau est ce qu’il y a de plus précieux. Alors je vous souhaite la pluie. Qu’elle vienne à bout de la sécheresse des cœurs, et qu’elle irrigue votre foyer ». A méditer.

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