James Brown et l’Afrique

James Brown, le célèbre chanteur américain, s’est éteint dans la nuit de Noël, dans un hôpital d’Atlanta, aux Etats-Unis. Il avait (officiellement) 73 ans. Compositeur et interprète prodigieux, roi de la soul et créateur du funk, il a influencé nombre de musiciens africains. Peu de temps avant sa mort, il gardait un souvenir ému de l’Afrique.

« Le parrain de la soul music », « Mister Dynamite », « le plus gros bosseur du show bizness », comme il aimait à se faire appeler, a marqué de son empreinte la musique de ces cinquante dernières années. En occident, il a influencé nombre d’artistes de premier plan. Des chanteurs aussi divers que Mike Jagger, Johnny Hallyday, Michael Jackson, MC Hammer et les kadors de la scène hip-hop actuelle ne se cachent pas d’avoir puisé à sa source.

Le continent africain n’a pas été épargné par la déferlante James Brown. Lorsque de 1965 jusqu’au milieu des années 1970, le chanteur enchaîne des tubes inoubliables tels que I got you (I feel good), Papa’s got a brand new bag, It’s a man’s man’s world, Say it loud (I’m black and i’m proud), et Sex machine, pour ne citer que ceux-la, l’Afrique se met à danser sur ses rythmes diablement funky . D’abord, les pays anglophones sont pris dans le tourbillon. Des groupes ghanéens et nigérians tels qu’Osibisa, The Ashanti Chiefs et la star naissante de l’afro beat, Fela Kuti, saluent le génie créatif du « Parrain de la Soul » et s’en inspirent largement.

L’Afrique francophone est ensuite touchée par le phénomène James Brown, dont les compositions sont relayées par les radios et les dancings. Le Zaïre est le premier pays africain où le chanteur américain se produit. En 1974, à Kinshasa, il est la vedette d’un concert géant organisé par Don King pour l’ouverture du championnat mondial de boxe opposant Mohamed Ali à George Foreman. Cet événement, appelé « Rumble in the Jungle », draine des milliers de personnes qui, de leurs yeux éblouis, voient, entre autres, se succéder sur la scène les Pointer Sisters, B.B King, Fania All Stars, Sister Slage et l’explosif James Brown dont le show reste aujourd’hui gravé dans la mémoire des Kinois qui y ont assisté.

« C’est quelqu’un qui a révolutionné la musique noire. »

Interviewé, en octobre 2005, par un journaliste de la BBC au sujet de cette première rencontre avec l’Afrique, James Brown répond : « J’ai été surpris par les épanchements d’amour que mes frères et sœurs africains m’ont offert. J’ai aussi été étonné de voir à quel point l’Afrique était vaste ! Je me souviens également avoir vu un petit garçon, marchant dans les bois avec des disques sous les bras mais sans appareil pour les faire jouer. Il était à la recherche de quelqu’un qui avait un phonographe chez lui… » James Brown a aimé l’Afrique. Les habitants et les dirigeants du continent le lui ont bien rendu. Ses prestations ont été payées à prix d’or. Ainsi, à l’occasion du concert célébrant l’investiture d’Omar Bongo, au Gabon, en 1975, il aurait touché un cachet de 160 000 US$.

Manu Dibango, Ekambi Brillant, Les Super Eagles de Dakar, Rico Jazz… Nombre d’artistes de l’Afrique francophone ont été influencés par la musique de James Brown. Parmi eux, Jean-Marie Bolangassa, leader du groupe Mbamina qui a eu le privilège de jouer en première partie du « Parrain de la soul », au Pavillon de Paris, en 1983. Contacté par Afrik.com, Jean-Marie Bolangassa nous a confié avoir versé quelques larmes en apprenant le décès de la star américaine : « Quand j’ai entendu la nouvelle, j’ai pleuré, je n’ai pas dormi. Je revoyais les moments que j’avais passé avec lui. » Le musicien congolais avait été impressionné par le professionnalisme et le souci de perfection de l’artiste qui « aimait le travail bien soigné ». Pour Jean-Marie Bolangassa, James Brown reste sans égal : « C’est quelqu’un qui a révolutionné la musique noire. La première fois que je l’ai vu, c’était en 1967, à Paris. Je l’ai revu en 1969, et son spectacle était complètement différent. (…) Sa façon de danser sur scène, sa technique de chant… c’était un dieu ce type-là ! Jusqu’à maintenant, il n’y a personne qui lui arrive à la cheville. »

En rendant l’âme, hier, à l’hôpital Emory Crawford Long, à Atlanta, James Brown, qui avait été interné la veille pour une pneumonie, aurait dit dans un dernier soupir à son ami Charles Bobbit présent à son chevet : « Je m’en vais ». Mr Dynamite nous a quittés. Mais il est à parier que sa musique influencera longtemps encore les compositeurs d’Afrique et du reste du monde.