Italie-Libye : les immigrés de la discorde

Le Premier ministre italien a annoncé jeudi être proche d’un accord avec la Libye sur la lutte contre l’immigration clandestine, permettant à son pays d’établir une base sur le sol libyen et de patrouiller dans ses eaux territoriales. Le ministère des Affaires étrangères libyen, qui se dit prêt à une entière coopération avec l’Italie, assure qu’aucune présence militaire italienne sur son sol ne sera tolérée.

Les Italiens sont toujours sous le choc du naufrage, le 20 juin dernier, d’un navire de fortune parti de Libye à destination de leur pays au bord duquel se trouvaient plus de 250 immigrants clandestins. Un naufrage qui a fait à ce jour plus de 200 morts et qui rappelle à l’Italie sa situation de porte de l’Europe pour les nombreux candidats à l’exil africains. Jeudi, devant le Sénat, le Premier ministre italien a annoncé être proche d’un accord avec la Libye pour lutter contre l’immigration clandestine. Un accord semblable à celui que l’Italie a signé avec l’Albanie, et qui l’aurait autorisé à établir des hommes sur le sol libyen et à patrouiller dans ses eaux territoriales. En somme, comme l’a déclaré Silvio Berlusconi, que caractérise sa finesse politique, un accord qui permettra  » à nos soldats de contrôler les ports libyens  » ! (La Reppublica).

Une déclaration que l’ancienne province italienne ne pouvait que démentir :  » La Libye offre la plus grande disponibilité à une collaboration avec l’Italie pour résoudre le grave problème de l’immigration. Mais les termes dans lesquels la proposition d’un déploiement de soldats italiens sur le sol libyen a été présentée au Parlement ne semble même pas pouvoir être discutée. Elle touche à notre Constitution et aux principes mêmes de la souveraineté de l’Etat « , a éclaircit le ministre libyen des Affaires étrangères. Abdulrahman Shalgham se dit néanmoins  » assuré que lors de sa visite en Libye, dans quelques jours, le ministre de l’Intérieur Giuseppe Pisanu nous fournira les détails de la proposition et nous parviendrons à nous entendre « .

La Libye  » sans moyens « 

Pour beaucoup, la Libye, où les ressortissants africains peuvent se rendre sans visas, est devenu le point de départ des candidats à l’immigration illégale. De fait, de nombreux journaux italiens ont pointé le pays maghrébin du doigt au lendemain du drame du 20 juin. On pouvait ainsi lire dans Le Corriere della sera, que  » ce commerce de la misère des hommes est probablement organisé par des policiers libyens, qui exigent pas moins de 700 euros par passager pour traverser le détroit de Sicile « .

Pour sa défense, la Libye avait expliqué qu’elle n’avait  » pas les moyens d’observation nécessaires pour contrôler ses frontières et ses côtes ». « Nous ne possédons même pas de vedettes ou d’avions pour faire face à ce phénomène en raison des sanctions internationales imposées à notre pays. L’Union européenne a déjà appelé à lever l’embargo sur ces équipements « , mais sans succès, avait adroitement fait remarquer un responsable du ministère des Affaires étrangères, Hassouna Al-Chaouch. Des propos qui ont poussé l’Italie à réclamer une dérogation à l’embargo vers la Libye.  » Il ne s’agit pas de missiles ou d’appareils stratégiques militaires, mais de camionnettes, de radars et de jumelles infra-rouges « , a argué le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini.

Un  » bonus  » aux bons élèves

Autre solution pour l’Italie, l’augmentation des quotas d’immigrés réguliers en provenance des pays qui montrent une réelle volonté de lutter contre l’immigration clandestine.  » Ce serait une sorte de bonus à ceux qui se comportent bien. L’Egypte a fortement intensifié les contrôles dans le canal de Suez. J’ai vu le président égyptien, Hosni Moubarak, au mois de mai et nous sommes en train de négocier une multitude de mesures « , a expliqué Franco Frattini au Corriere. La Tunisie, a-t-il ajouté,  » doit être encouragée à faire plus « .

L’Italie défendait également un projet de création de camps de transit à Chypre (qui avait accepté) et à Malte, où les immigrants irréguliers auraient été débarqués avant d’être renvoyés dans leur pays d’origine. Mais ce plan, qui avait soulevé un tollé dans les associations de défense des droits de l’Homme, a été rejeté le 19 juin au Sommet européen de Thessalonique.