Israël : arrestation des demandeurs d’asile africains

Le 25 février, plus de 240 demandeurs d’asile – originaires pour la plupart d’Erythrée, du Soudan et de la Côte d’Ivoire – ont été arrêtés à Tel Aviv par la police israélienne, un jour à peine après que le Premier ministre Ehoud Olmert eut ordonné aux forces de sécurité de renforcer les mesures visant à empêcher les infiltrations d’étrangers et d’expulser les personnes en situation irrégulière.

Presque toutes les personnes appréhendées détenaient un document du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), indiquant que leurs dossiers étaient en cours d’examen. C’est la première fois que les autorités israéliennes ne tiennent pas compte des documents des Nations Unies, ont indiqué des représentants du HCR.

« Nous demandons la libération immédiate de toutes les personnes placées sous la protection du HCR », a indiqué à IRIN Steven Wolfson, chef du bureau de liaison du HCR à Tel Aviv.

Selon les avocats des organisations non-gouvernementales (ONG) israéliennes qui tentent d’aider les demandeurs d’asile, la police aurait signifié aux personnes interpellées qu’elles attendraient en prison leurs entretiens avec les Nations Unies.

« Nous examinons les papiers et le statut des personnes placées en garde-à-vue, et seules celles qui ne possèdent pas de documents de protection délivrés par les Nations Unies resteront en prison », a néanmoins déclaré à IRIN une porte-parole du ministère israélien de l’Intérieur.

Le 24 février, au cours de la réunion hebdomadaire du cabinet israélien, M. Olmert avait ordonné au Service des prisons d’Israël de détenir tous les clandestins ne bénéficiant pas du statut de réfugiés. Parallèlement, il avait demandé au ministère de la Défense de renforcer la sécurité à la frontière israélo-égyptienne.

Politique de « rapatriement immédiat »

Mais le ministre de la Défense, Ehoud Barak, a rejeté la proposition de M. Olmert invitant l’armée à assouplir sa politique de tirs (règles d’engagement de l’armée israélienne) le long de la frontière ; cela aurait permis aux militaires de tirer à balles réelles sur toute personne tentant de s’introduire clandestinement dans le pays.

En revanche, M. Barak a estimé qu’Israël devrait appliquer la politique du « rapatriement immédiat », selon laquelle les demandeurs d’asile et autres migrants illégaux appréhendés seraient immédiatement expulsés vers l’Egypte.

Ces dernières années, Israël n’a eu recours qu’une seule fois à cette politique. En août 2007, quelque 46 demandeurs d’asile ont été renvoyés en Egypte quelques jours après leur arrivée en Israël, sans qu’ils aient eu la possibilité de faire appel de la décision d’expulsion.

Du côté égyptien de la frontière, en revanche, la réglementation en matière de tirs à balles réelles semble moins stricte. En effet, des journaux ont rapporté qu’à de nombreuses occasions, la police avait ouvert le feu sur des migrants qui traversaient la frontière, et que dans certains cas, il y avait eu des morts.

Augmentation du nombre de demandeurs d’asile

Selon les estimations du HCR, 7 400 migrants – des Africains pour la plupart – sont entrés en Israël au cours des trois dernières années, la majorité d’entre eux étant arrivés durant les 10 derniers mois. Et le nombre de personnes qui traversent la frontière a considérablement augmenté ces dernières semaines.

Selon l’organisation Médecins pour les droits de l’homme – Israël (Physicians for Human Rights, PHR-I), son dispensaire gratuit de Tel Aviv a reçu 447 demandeurs d’asile en janvier 2008, contre seulement 71 à la même époque, l’année dernière. L’organisation a par ailleurs indiqué qu’elle n’était pas en mesure de faire face à tous les besoins médicaux de ces personnes.

Même pour ceux qui sont en situation régulière dans le pays, les conditions de vie restent extrêmement difficiles. Ron Huldai, le maire de Tel Aviv, a récemment demandé une aide immédiate au gouvernement, arguant que la situation des demandeurs d’asile dans sa ville frisait la « crise humanitaire ».