Isabelle Crevier : et la lumière fuse

La peintre franco-canadienne Isabelle Crevier ressemble à ses toiles et vice-versa. Lumineuse et élégante, elle peint les paysages de son enfance, passée à parcourir l’Afrique. Ses toiles, mélangeant abstraction et figuratif, marquent par leur dynamisme et leur chaleur. Il en est de même du personnage. Portrait en demi-teinte d’une artiste passionnée.

Un rayon de soleil vient d’entrer dans la pièce. C’est Isabelle Crevier, peintre de toiles qui lui ressemblent : lumineuses, chaleureuses et rafraîchissantes.  » Le personnage coïncide avec la création « , explique Francis Racowski, son agent, admirateur de la première heure de sa peinture,  » Isabelle est quelqu’un de très positif et ses toiles le sont aussi. Sa peinture est joyeuse, dynamique. Comme elle.  »

Difficile de ne pas tomber sous le charme. Longiligne et élégante, cette femme de 44 ans en paraît dix de moins. Nez aquilin, front haut, carré court et blond lumineux. Mains fines et baguées, légèrement rougies. On les imagine au travail : mélangeant les couleurs et maniant le  » couteau « , instrument fétiche.  » La peinture au couteau, je ne peux plus m’en passer. Une fois que vous avez commencé, vous ne pouvez plus faire autre chose « . Caractère entier, elle n’aime pas les instruments  » mous  » comme les pinceaux et les couleurs délayées de la peinture à l’eau. Il lui faut de la vie, du mouvement, de la matière.

Sur les traces du maître

La petite franco-canadienne s’initie à la peinture auprès d’une grand-mère artiste qui habite le coeur de la Provence. Puis après un parcours somme toute classique – formation académique à Paris, diplôme de l’Ecole Nationale des Arts Appliqués -, elle rencontre son maître. Lors d’une rétrospective, elle découvre l’oeuvre de Nicolas de Staël. C’est la révélation.

Cherchant sa voie, Isabelle suit les traces du grand Nicolas, pour mieux trouver ensuite son propre langage pictural. Mélange de fonds abstraits et de personnages figuratifs, il y a comme une trame architecturale dans ses toiles, réminiscence de son premier métier : architecte d’intérieur.

Enfant, elle sillonne l’Afrique dans les bagages d’un père ingénieur. Le Kenya, la Tanzanie, le Zaïre, le Cameroun. Autant de pays et de cultures qui la marqueront à jamais. Elle s’envolera ensuite vers l’Afrique du Nord, puis l’Asie.

Peindre la beauté

Autant de couleurs épicées, de cultures exotiques, de paysages chamarrés qui se retrouvent sur sa palette. Ses toiles sont étonnantes : scènes de rues dans les souks nord-africains habillés d’or et de grenat, luminosité aveuglante d’un temple hindou, déserts ocres et hommes en bleu, enfants jouant dans des éclaboussures de lumière.  » Elle serait incapable de peindre des natures mortes ou des scènes atroces « , note François Racowski. Isabelle préfère peindre la beauté et l’optimisme, la joie et la sérénité.

Sa boulimie de peindre –  » Je peins plusieurs toiles à la fois  » dit-elle – n’est pas un handicap, ni une obsession. Equilibrée et lucide, Isabelle trace tranquillement sa voie. Ses éclats de rire enfantins le disputent à la gravité de son regard clair. Et l’on pourrait la définir comme elle définit elle-même sa technique de peinture : l’apport de la lumière à partir de quelque-chose de sombre.