Investir en Afrique

L’Afrique concentre moins de 1% des investissements étrangers directs dans le monde. Des chiffres en baisse. Le recul enregistré en 2000 ne témoigne cependant pas d’une tendance structurelle. Interview de Ludger Odenthal, économiste à la Cnuced, en charge du dossier de l’investissement en Afrique.

Les investissements étrangers directs en Afrique ont accusé un recul de 13% en 2000, selon une étude de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (Cnuced). En passant de 10,5 milliards en 1999 à 9,1 milliards l’année dernière, le continent reste en queue du peloton international et concentre toujours moins de 1% des chiffres mondiaux. La baisse enregistrée en 2000 n’est toutefois que conjoncturelle. Elle n’est, en outre, pas représentative de toute l’Afrique. Et les résultats observés ne sont induits que par les contre-performances de quelques pays. Sur le long terme, la tendance, même si elle n’est pas aussi dynamique qu’en Asie ou en Amérique Latine, est à la hausse.

Afrik : Les investissements étrangers directs boudent l’Afrique. Comment expliquer les résultats de 2000 ?

Ludger Odenthal : Les chiffres 2000 traduisent une baisse générale mais ils ne sont pas significatifs pour toute l’Afrique. La baisse a été induite uniquement par un petit groupe de pays qui attirent d’ordinaire d’importants flux d’investissement, comme l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Angola, où nous avons assisté à une chute de 50% des investissements étrangers directs. L’Afrique du Sud à cause d’une baisse des privatisations et une diminution des fusions-acquisitions par des entreprises étrangères. Le Maroc parce que les chiffres de 1999 étaient exceptionnels avec les grandes privatisations dans les télécoms. L’afflux d’investissements était purement conjoncturel. Pour ce qui est de l’Angola, il s’agit d’une baisse temporaire des investissements dans le secteur pétrolier. Un secteur qui concentre presque tous les investissements directs dans le pays.

Afrik : Qu’est ce qui conditionne les investissements étrangers directs ?

Ludger Odenthal : Une entreprise investit à l’étranger pour différents motifs, dont les principaux sont : les perspectives d’un nouveau marché à conquérir, la recherche de meilleurs coûts de production, la richesse des ressources naturelles et l’expertise que peut posséder tel ou tel pays dans un domaine particulier. L’attrait de l’Afrique est motivé pas les ressources naturelles mais pas seulement. On observe de plus en plus d’investissements dans le secteur des services comme les télécommunications.

Afrik : Comment expliquez-vous que l’Afrique ne représente que 1% des investissements étrangers directs mondiaux ?

Ludger Odenthal : C’est une question difficile. Il existe plusieurs paramètres. Le plus gros obstacle aux investissements étrangers en Afrique reste la corruption (L’extorsion et les pots de vins représentent pour les entreprises sondées par la Cnuced pour le rapport le plus gros obstacle à l’investissement en Afrique, avec près de 50% des réponses données, ndlr)

Il y a aussi la taille des marchés. Le marché chinois, par exemple, représente à lui seul le double du marché africain, d’où les bons résultats de l’Asie (l’Asie a rassemblé 141 milliards de dollars d’investissements étrangers directs en 2000. Une hausse record de 44% par rapport à 1999, ndlr). Beaucoup de pays africains ont un marché limité. En outre, l’intégration régionale n’a pas beaucoup avancé sur le continent. Le continent reste largement fragmenté en marchés nationaux. De grands marchés régionaux seraient plus intéressants pour les investisseurs étrangers.

Le problème des infrastructures est également un frein au développement des investissements étrangers directs. Ce qu’on appelle les  » efficiency seeking investments  » (les investissements en recherche d’efficacité, ndlr) sont beaucoup plus dynamiques en Asie où les chaînes de production bénéficient de bonnes infrastructures pour le trafic des marchandises : aéroports, routes, ports…

Afrik : Quels sont les pays qui investissent le plus en Afrique ?

Ludger Odenthal : A côté des pays investisseurs traditionnels, comme la France, le Royaume-Uni et les Etats Unis, on assiste depuis cinq ans à une percée des pays européens, comme l’Allemagne, les Pays Bas, l’Italie ou le Portugal. Nouveaux venus également dans les investissements étrangers en Afrique, les pays asiatiques, la Chine, Taiwan ou la Malaisie par exemple.

Afrik : Et est-ce que l’Afrique investit en Afrique ?

Ludger Odenthal : Pour ce qui est de l’investissement inter africain, l’Afrique du Sud se démarque par une politique agressive d’investissements dans la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadec) mais également en Afrique de l’ouest. Le pays profite des privatisations sur le continent et investit dans des domaines tels que les mines, les institutions financières, la boisson avec la South Africa Brewery (le plus grand brasseur du monde, ndlr) ou encore le papier avec la Sappi (un des plus grands producteurs de papier mondiaux, ndlr). L’Egypte investit également beaucoup au Maghreb mais la tendance reste plus modeste.