
Alors que la Protection civile algérienne annonçait mardi 28 juillet l’extinction des 1 968 incendies déclarés depuis trois semaines, la France et l’Espagne affrontaient toujours des mégafeux hors norme. Une même canicule, des trajectoires nationales qui divergent.
Le bassin méditerranéen a connu en juillet 2026 une séquence d’incendies dont l’arc s’étend du Rif marocain aux côtes turques, en débordant largement vers l’Atlantique. Le 28 juillet marque un point de bascule pour l’Algérie qui referme sa crise le jour même où l’Espagne enregistre le plus grand feu de son histoire et où la France dépasse son propre record de surfaces brûlées.
Le système européen EFFIS recensait 254 388 hectares parcourus par les flammes dans l’Union depuis le 1er janvier, pour 1 254 incendies d’au moins 30 hectares, plus du double de la moyenne des vingt dernières années. Ce décompte, arrêté au 22 juillet, a été balayé par la semaine suivante : l’Espagne annonce à elle seule 153 000 hectares et la France approche les 100 000. EFFIS ne cartographiant que les feux de plus de 30 hectares, la surface réelle dépasse ses estimations d’environ 5 %.
Vingt jours de feu en Algérie
L’Algérie a payé le tribut humain le plus lourd du Maghreb. Six personnes ont péri et plus d’une centaine ont été hospitalisées depuis le début de la vague de chaleur, le 8 juillet, alors que les températures approchaient localement 48 à 49 °C dans plusieurs wilayas du nord.
Le bilan final publié mardi 28 juillet par la Direction générale de la Protection civile fait état de 1 968 incendies éteints, dont 667 feux de forêt, de maquis et de broussailles et 1 301 feux de récoltes, d’arbres fruitiers et de palmiers. Pour la première fois depuis trois semaines, aucun départ de feu n’était signalé sur le territoire. Béjaïa, Skikda, El Tarf, Bouira, Guelma et Annaba avaient concentré les foyers les plus actifs, avec des évacuations préventives de familles à Souk Ahras et dans la région de Kanoua.
La difficulté algérienne aura tenu à la simultanéité des départs plutôt qu’à la taille des foyers pris isolément. Des observateurs ont relevé la faiblesse des moyens aériens avec seulement deux Canadair et quelques AT-802 pour couvrir l’ensemble du nord. Mais cela a été compensée par une mobilisation terrestre massive et par l’appui de l’Armée nationale populaire. Le ministère de l’Intérieur a demandé aux walis un inventaire exhaustif des pertes en vue d’indemniser les sinistrés.
En Tunisie, des dégâts qui s’accélèrent
La Tunisie a vu sa situation se dégrader nettement après le 10 juillet. Les services forestiers évoquaient environ 4 400 hectares détruits entre le 1er mai et le 23 juillet, contre 2 705 hectares sur la même période de 2025. Le chiffre a depuis été révisé et la Direction générale des forêts estime désormais à près de 12 000 hectares le couvert forestier parti en fumée depuis le début de l’été, pour un millier d’interventions.
Les foyers les plus destructeurs ont touché les gouvernorats de Bizerte et du Kef, avec 2 000 hectares brûlés à Sakiet Sidi Youssef et 300 hectares à Ghar El Melh et Rafraf. La direction des forêts a participé à 917 opérations d’extinction contre 620 un an plus tôt. Elle attribue l’essentiel des départs à des facteurs humains, négligence ou actes intentionnels, dans un contexte de températures dépassant 45 °C. Le pin d’Alep, très inflammable, complique la lutte, et les écologistes tunisiens estiment à plusieurs décennies le délai de régénération des zones touchées.
Le Maroc, exception statistique du bassin
Le royaume affiche le bilan le plus contenu de la région. L’Agence nationale des eaux et forêts a recensé 310 incendies entre le 1er janvier et le 20 juillet, pour 1 850 hectares parcourus, dont 832 hectares de formations arborées. La moyenne par incendie s’établit à 5,9 hectares.
L’ANEF met en avant le taux de surface incendiée rapporté à la surface forestière le plus faible du bassin, en s’appuyant sur les données EFFIS relatives à l’Espagne, la France, le Portugal et l’Italie. L’agence rappelle toutefois qu’août et septembre restent des mois à très haut risque et maintient son dispositif à son niveau maximal.
France : le record de 2022 pulvérisé
Sur la rive nord, le feu a quitté le littoral méditerranéen pour frapper le Sud-Ouest atlantique. L’incendie déclaré le 22 juillet à Saumos, en Gironde, a parcouru 42 000 hectares. Plus de 220 000 personnes ont été évacuées préventivement dans 23 communes, l’évacuation la plus massive jamais organisée par la France en temps de paix pour un feu de forêt. Le bilan matériel s’établit à 240 habitations détruites, et 126 sapeurs-pompiers ont été blessés depuis le début de l’événement.
Deux pompiers sont morts le 21 juillet lors d’un incendie distinct, près de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Dans les Landes, le feu parti le 23 juillet vers Biscarrosse et Parentis-en-Born a brûlé 3 600 hectares et détruit une centaine de bâtiments, dont une zone commerciale, en déplaçant plus de 30 000 personnes. Un troisième foyer s’est déclaré dans un camp militaire près de Captieux.
Plus de 2 700 sapeurs-pompiers restaient engagés fin juillet, appuyés par 1 500 militaires, un A400M ayant effectué son premier largage. Selon les satellites d’EFFIS, 2026 est devenue l’année où la France a vu brûler le plus de surfaces depuis le début des relevés, devant 2022.
Espagne : le plus grand incendie de son histoire
L’Espagne a franchi deux seuils. Le feu déclaré à Burgohondo, dans la province d’Ávila, a détruit près de 50 000 hectares, ce qui en fait le plus vaste jamais enregistré dans le pays. Le cumul national atteint au moins 153 000 hectares depuis janvier, soit six fois la surface constatée à la même date en 2025. Les seuls incendies d’Ávila, de Madrid et de Tolède en représentent environ la moitié.
Le bilan humain est lourd. Treize personnes ont péri dans l’incendie de Los Gallardos, en Andalousie, déclenché le 9 juillet près de Bédar. C’est le feu le plus meurtrier de l’histoire de l’Andalousie. Une polémique s’est ouverte sur l’absence d’alerte massive à la population.
Le total des personnes évacuées ou confinées dépassait 116 000 fin juillet. Dans la province de Castellón, l’incendie parti le 25 juillet de La Vall d’Uixó a pénétré dans le parc naturel de la Sierra de Espadán après avoir parcouru environ 4 300 hectares. La multiplicité des départs successifs a orienté l’enquête vers l’hypothèse criminelle. Madrid et l’État ont sollicité le mécanisme européen de protection civile. La Commission a annoncé le déploiement de quatre avions en Espagne et de trois en France, la Grèce ayant offert deux Canadair.
Italie, Grèce, Turquie : un front toujours ouvert
Le sud de l’Italie et la Sicile comptent des dizaines de feux de forêt et de végétation attisés par le vent chaud, avec des dégâts dans les exploitations agricoles et les oliveraies. La Grèce, frappée par une soixantaine de départs en vingt-quatre heures début juillet, a connu une accalmie relative après des épisodes pluvieux.
La Turquie affronte en revanche une journée difficile ce 29 juillet. Dans le district de Seydikemer, à Muğla, la route reliant Fethiye à Antalya est fermée à la circulation alors que 121 maisons et 202 habitants ont été évacués, ainsi que l’hôpital d’État. L’accès aux zones forestières est interdit pour quatre jours à Kumluca, dans la province d’Antalya. Un seul foyer mobilise cinq avions, dix-huit hélicoptères et plus de quatre-vingt-dix camions.
Une saison qui déplace les lignes
La saison 2026 déplace deux repères. Le premier est géographique car les pires feux français de l’année se sont déclarés sur la façade atlantique et non pas pas en Provence. En outre, l’Allemagne comme l’Irlande font désormais partie des pays touchés par les incendies. Le second est calendaire car juillet est déjà un pic, alors qu’août et septembre restent devant.




