Immigration : la France drague les gouvernements africains

Brice Hortefeux peut être heureux. Le ministre français de l’Immigration et de l’Identité nationale réussit à rallier à sa politique le continent africain. La preuve, depuis sa prise de fonctions, huit accords de gestion concertée des flux migratoires ont été signés et, pour l’instant, seul le Mali se montre réticent. A l’heure du bilan 2008, des questions se posent : pourquoi les pays africains cèdent-ils à la France? Qu’ont-ils donc à gagner ?

« Les principes qui guident la nouvelle politique d’immigration de la France sont compris et partagés par les pays africains », expliquait, Brice Hortefeux, mardi, lors d’une conférence de presse à Paris. Partage, compréhension, voilà ce qui pourrait, aux yeux du ministre français de l’Immigration, qualifier les relations entre la France et les « pays sources d’immigration ».

Grâce à son charme et à sa ruse de commercial, Brice Hortefeux les séduit tous. Mallette sous le bras, il part à l’assaut de nouveaux contrats en Afrique. Samedi, à Ouagadougou, le ministre de l’Immigration a encore gagné du terrain. Il a signé avec Alain Yoda, le ministre burkinabé des Affaires étrangères, un accord sur la gestion des flux migratoires.

8ème accord : France-Burkina Faso

8 accords de gestion concertées de flux migratoires :

Gabon : le 5 juillet 2007

Congo : le 25 octobre 2007

Bénin : le 27 novembre 2007

Sénégal : le 25 février 2008

Tunisie : le 28 avril 2008

Ile Maurice : le 23 septembre 2008

Cap Vert : le 24 novembre 2008

Burkina Faso : 10 janvier 2009

C’est le 8ème accord signé entre la France et un pays africain. Brice Hortefeux a une technique imparable. Pour accomplir sa politique d’immigration choisie, il n’hésite pas à régulariser quelques sans-papiers burkinabé possédant un contrat de travail légal et vivant en France depuis le 20 novembre. Autant dire qu’il n’a pas eu à faire beaucoup d’efforts… Seulement 3500 Burkinabé résident sur le territoire français.

Néanmoins, cet accord devrait permettre aux étudiants burkinabé résidant en France ou à ceux issus d’écoles au Burkina Faso qui sont en partenariat avec les écoles françaises de bénéficier, à la fin de leurs études, d’une première expérience professionnelle dans l’Hexagone.

 Extrait du discours d’Alain Yodaetu.mp3

Si les pays africains acceptent ces plans, c’est selon Brice Hortefeux grâce à « un partenariat et à un dialogue entre les pays terres d’immigration et les pays sources d’immigration ».

 Brice Hortefeux se félicite du dialogue avec les pays africainsBH.mp3

Il semblerait qu’aucun pays ne puisse résister au ministre de l’Immigration. Même le Mali, autrefois récalcitrant, commence à revoir ses positions. Lundi, les gouvernements français et malien avaient indiqué, à propos de l’accord de gestion des flux migratoires, que « des échanges avaient permis de progresser » et que les deux parties « poursuivaient dans les semaines à venir leurs échanges techniques ». Pourtant rien n’était gagné. Jeudi dernier, à Bamako, le secrétaire général du ministère de l’Immigration, Patrick Séfanini, avait essuyé un échec. Le gouvernement malien avait refusé de signer ce texte, pour la quatrième fois en deux ans.

Développement solidaire et plus si affinités…

Il faut dire que le ministre de l’Immigration a un argument de poids pour faire céder les pays africains : le développement solidaire. « Il favorise les projets relatifs à l’organisation des migrations légales, à la lutte contre les migrations clandestines, en passant par le développement des pays sources d’immigration », affirme Brice Hortefeux.

En 2008, le ministère aurait soutenu plus de 180 projets pour 23,6 millions d’euros et ce, dans 23 pays prioritaires comme le Maroc, le Sénégal et le Mali. La France aurait notamment financé le projet « Galoya », au Sénégal, qui vise « à construire et à équiper la commune de Gayola d’un centre de santé de référence, avec une polyclinique, une maternité, un bloc opératoire et un laboratoire ». Au Burkina Faso, ce sont 14 projets qui ont été retenus pour une valeur de 5 millions d’euros.

 Alain Yoda énonce les avantages du développement solidaireDSol.mp3

Uémoa, une aide pour les diasporas

L’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) :
Cette Union a été crée à la suite d’un traité signé à Dakar, le 10 janvier 1994, par les chefs d’Etat et de Gouvernement des sept pays de l’Afrique de l’Ouest ayant une monnaie commune : le FCFA.
Il s’agit du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo. Le traité est entré en vigueur le 1er août 1994, après sa ratification par les Etats membres. Le 2 mai 1997, la Guinée Bissau est devenue le 8ème Etat membre de l’Union.

Et Brice Hortefeux ne s’arrête pas là. La France et l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uémoa) ont signé un protocole d’une durée de trois ans sur l’immigration visant à une utilisation des compétences de la diaspora dans le développement de leur pays.

Cet accord conclut entre le ministre de l’Immigration et Soumaïla Cissé, le président de l’Union, vise à appuyer « les initiatives de la diaspora dans le cadre de programmes d’échanges et de solidarité ». « La France et l’Uémoa vont financer les projets de la diaspora qui seront réalisés dans les huit pays membres qui ont signé ce protocole : le Sénégal, le Bénin, Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Togo et maintenant le Burkina Faso », précise le directeur de la communication de l’Uémoa, Badjibassa Babaka.

Paris s’est également engagé à signer des conventions financières spécifiques avec l’Union dans le cadre du développement solidaire. « La France et l’Uémoa s’engagent à promouvoir le développement par le renforcement des liens entre diasporas, Etat membres de l’Uémoa et pays de destination, par l’organisation d’un forum annuel mobilisant lesdites diasporas et les opinions publiques sur le thème migration-développement », stipule l’accord.

Il n’en fallait pas plus pour comprendre l’intérêt d’une partie de l’Afrique pour ce plan. Suivant la politique de la main tendue, ces pays acceptent l’aide financière française sans se soucier des répercussions sur leurs populations (fuite des cerveaux, possibilité de migrations légales limités). Brice Hortefeux l’a bien compris. Grâce au développement solidaire, le ministre de l’Immigration peut s’attendre à ce que les pays africains lui tombent dans les bras…

Sur la photo : Brice Hortefeux au Gabon

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