IBK : un vieux routier de la scène politique à Koulouba


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Le 11 août dernier, les Maliens ont choisi Ibrahim Boubacar Kéita comme leur cinquième président de la République. Vieux routier de la scène politique nationale, IBK, comme l’appellent ses compatriotes, est un homme d’Etat expérimenté, qui a occupé ces vingt dernières années les plus hautes fonctions administratives et politiques au Mali. Retour sur le parcours de celui qui va présider aux destinées du Mali durant ces cinq prochaines années.
Portrait

(De notre correspondant à Bamako)

On le croyait fini, mais le sort en a décidé autrement. La troisième fois aura été la bonne. Les Maliens ont choisi, dans une écrasante majorité, Ibrahim Boubacar Kéita pour diriger leur pays pour les cinq prochaines années. Avec plus 77% des voix exprimées, Ibrahim Boubacar Kéita est incontestablement aujourd’hui l’homme politique le plus populaire du Mali. IBK, comme disent ses compatriotes, est un homme de poigne. Le discours de fermeté qu’il a tenu face aux rebelles du nord suscite la sympathie de ses compatriotes.

Déjà au début des années 80, il acquiert une réputation de manager efficace en tant que conseiller du Fonds européen de développement (FED). Au début des années 90, il combat la dictature du général Moussa Traoré. Il se rapproche ensuite de son successeur Alpha Oumar Konaré, qui lui confie plusieurs postes de responsabilités, notamment le portefeuille de ministre des Affaires étrangères (1993-1994), puis celui de Premier ministre (1994-2000). Durant les six années passées à la Primature, IBK aura alors à gérer une crise scolaire et des grèves qui paralysent le Mali, et qu’il fera durement réprimer.

De l’Adema au RPM

En 2000, ses relations avec un courant réformateur de l’Adema se détériorent. IBK qui pensait être le candidat naturel du parti de l’abeille est obligé de quitter la présidence de l’Adema, pour créer sa propre formation politique, à savoir le Rassemblement pour le Mali, en juin 2001. En 2002 il se présente à l’élection présidentielle sous la bannière de ce nouveau parti. Mais IBK échoue et arrive troisième (21%) derrière Amadou Toumani Touré qui arrive en tête avec 28,7% des voix, suivi du candidat de l’Adema, Soumaïla Cissé (21,32%). Mais lors des élections législatives de juillet 2002, il prend sa revanche. Le RPM fait carton plein en raflant 46 sièges de députés, et la coalition « Espoir 2002 » totalise 63 sièges. Ce qui permet à Ibrahim Boubacar Keita d’accéder à la présidence du perchoir. Cela en obtenant 115 députés sur 138.

La traversée du désert

En 2007 commence la traversée de désert pour IBK. Il dénonce les accords d’Alger signés entre les autorités de Bamako et la rébellion touarègue amenée par Bahanga. L’ancien Premier ministre perd ses nombreux soutiens. Des cadres de son parti le lâchent. IBK est victime d’une campagne de diabolisation orchestrée par le pouvoir d’alors. Malgré cela, il se présente une seconde fois à la Présidentielle contre le président ATT, en avril 2007. Mais une fois encore, il échoue. C’est la douche froide pour IBK. ATT est élu dès le premier tour, avec 68,31% des suffrages, Ibrahim Boubacar Keita est deuxième, mais loin derrière, avec seulement 18,59% des voix. A la suite logique de cette défaite, le RPM n’obtient que 11 députés aux législatives de la même année. IBK, tout en gardant son poste de député, perd la présidence de l’Assemblée nationale.

Le Mali d’abord

Malgré cette longue traversée du désert, Ibrahim Boubacar Kéita reste fidèle à sa position, d’où son surnom de Kanguélétigui (l’Homme de la parole donnée). Il met en garde ses compatriotes contre la faille et la décomposition de l’Etat malien. A Bamako, les évènements d’avril 2012 lui donnent raison. IBK, contrairement aux ténors de la classe politique, ne condamne pas le putsch du capitaine Sanogo. Au contraire il se rapproche des mutins de Kati.

Face à la crise que connait le Mali, ses compatriotes voient en lui l’homme de la situation. Et le natif de Koutiala, où il est venu au monde le 29 janvier 1945, a bien compris ce message. Il prône le patriotisme et la fermeté dans ses discours. Cette stratégie est payante. IBK a du coup la sympathie d’une bonne partie des religieux musulmans qui appellent à voter pour lui.
Et le résultat est là. Ladji Bourama, comme le surnomment une partie des médias maliens, arrive largement en tête lors du premier tour de la Présidentielle de 2013. IBK capitalise cet avantage et fédère autour de sa personne une écrasante partie de la classe politique malienne et de la société civile, qui le soutiennent au second tour. Le rassembleur qu’est devenu Ibrahim Boubacar Keita remporte haut la main le second tour des élections, avec plus de 77% des voix.

A 68 ans, ce vieux routier de la vie politique malienne et père de quatre enfants va présider pour les cinq prochaines années aux destinées du Mali. Un pays dont il aura la lourde tâche de restaurer l’autorité de l’Etat effritée depuis avril 2012.

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