Iamgold contraint de renoncer aux pépites de Guyane

Des progrès en perspective dans le domaine de l’exploitation minière du sol Guyanais. Le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, a rejeté jeudi le projet de mine d’or sur le territoire de Kaw porté par le géant canadien IamGold. Une décision saluée par Chantal Berthelot (Parti Socialiste Guyanais, PSG), la députée de la deuxième circonscription de la Guyane, et les associations écologistes, mais déplorée par le MEDEF et les opérateurs miniers locaux.

Dans le projet de mine d’or sur le territoire de Kaw, comme dans de nombreux projets aurifères en Guyane Française, le géant canadien IamGold, autrefois Cambior, aujourd’hui caché derrière sa filiale française au nom plutôt ironique (CBJ Caïman[le caïman noir est un reptile, protégé et en voie de disparition, que l’on trouve dans de rares endroits comme le Marais de Kaw]]), y est [encore pour quelque chose. Le groupe se félicite d’avoir « investi des ressources importantes dans le projet Camp Caïman » et dit dans un communiqué, « envisager toutes les options pour protéger et promouvoir ces intérêts ». En décidant de ne pas donner suite à ce nouveau projet d’exploitation du sol ultramarin, Nicolas Sarkozy fait un pas vers une présidence sensible aux enjeux écologique et prépare, au passage, sa visite officielle des 11 et 12 février à Cayenne. Quand on sait l’importance des questions vertes en Guyane et le nombre de décès ou malformations causés par l’exploitation légale ou pas de l’or, ceci n’est pas anodin : le « DOM d’Amérique du Sud » comme l’appellent ses voisins, a bien l’intention d’imposer ses exigences écologique.

Un avenir pour la biodiversité, des emplois pour les guyanais ?

Pendant que les associations de protection de la nature se réjouissent de cette décision qui tombe comme un geste symbolique après le Grenelle de l’environnement, le MEDEF local et la FEDOMG (Fédération des opérateurs miniers guyanais) montent au créneau. Ils dénoncent cette manœuvre qui, selon eux, n’est pas conforme à l’intérêt de la Guyane et des Guyanais. Pour Fabien Reynaud, opérateur minier dans le village hmong de Cacao : « On va continuer avec notre Guyane sans projet, avec de plus en plus d’habitants et d’orpaillage illégal et des entreprises qui ferment ». Ce projet prévoyait 340 emplois directs et 560 induits, et la Guyane affiche aujourd’hui un taux de chomâge record de 26,5%. Les experts en ont décidé autrement, les emplois ne seront pas créés en piochant dans la montagne de Kaw, au détriment des espèces protégées et de la flore tropicale.

Pour Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables : « Conformément aux conclusions du Grenelle de l’environnement, nous avons réalisé une analyse très approfondie de ce dossier. Il est apparu que le site de la montagne de Kaw est doté d’une richesse biologique exceptionnelle, et peut même être considéré comme un sanctuaire naturel. Malgré la qualité du projet du groupe Iamgold, ce projet ne peut être conduit à un tel endroit. J’ai demandé que l’on en tire les conclusions, en renforçant le niveau de protection dont bénéficie ce site ». Une page est donc tournée, et la question de l’emploi en Guyane n’est pas abandonnée mais fera l’objet d’une autre discussion cette fois entre le Président Sarkozy et la députée Chantal Berthelot dans le cadre de sa prochaine visite officielle.