« Hors la loi » : Faire face à l’Histoire

SOS Racisme tient a apporter son soutien à Rachid Bouchareb dans la polémique indigente née à l’occasion de la projection de son film « Hors la loi » au festival de Cannes.

Cette polémique est une nouvelle marque de la difficulté qu’a une partie de la France à faire face à son Histoire. En négligeant l’enseignement de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage, on conduit un grand nombre de nos concitoyens à se sentir exclus d’une Histoire nationale partagée et on crée le terreau favorable à la « concurrence des mémoires » attisée et exploitée par tel ou tel démagogue.

La mairie de Cannes, qui a organisé une cérémonie ce matin « en hommage aux victimes françaises de la guerre d’Algérie afin de marquer son attachement à la mémoire de nos compatriotes civils et militaires, et des hommes des forces supplétives tombés au cours des événements de Sétif » se situe malheureusement dans cette démagogie électorale, n’hésitant pas, à travers cette cérémonie, à s’associer à des forces d’extrême-droite, dont le Front National. Espérons, à cet égard, que l’attelage constitué pour l’occasion ne préfigure pas une recomposition de plus grande ampleur à droite de l’échiquier politique, avec comme ciment la glorification du passé colonial de la France et le rejet de l’Autre, transformé en bouc émissaire pratique.

On remarquera d’ailleurs que cette cérémonie, loin de participer à l’écriture d’une Histoire partagée, semblait avant tout guidée par le souci de faire le tri entre les « bonnes » et les « mauvaises victimes ».

Les lacunes dans l’enseignement de l’Histoire sont dommageables pour le temps présent. En effet, si l’on veut qu’une place bien plus importante soit faite dans les programmes scolaires au traitement historique de la colonisation et de l’esclavage, de ses causes, de ses acteurs et de son fonctionnement, ça n’est pas pour le plaisir de la rétrospective. C’est bien plutôt dans le souci de mieux comprendre le présent et d’éviter la répétition de mécanismes qui ont conduit hier à des crimes perpétrés en toute bonne conscience. Etudier ces pages de notre Histoire, c’est donner les clefs d’analyse aux jeunes générations pour qu’elles puissent comprendre les dangers de ces systèmes de pensée fondés sur des visions essentialistes de l’être humain et sur l’exploitation de ce dernier.

Etudier ce passé, c’est également permettre de détruire des visions historiquement datées qui, encore aujourd’hui, expliquent les images dégradées et stéréotypées de certaines parties de la population frappées de ce fait par le fléau des discriminations.